Interpellations, trucages : le pouvoir sur la défensive
LE MONDE | 15.08.08 | 13h23 • Mis à jour le 15.08.08 | 14h01
(à Pékin)

Leçon numéro un : éviter de s'en prendre aux journalistes. Leçon numéro deux : si l'on s'en prend aux journalistes, éviter les Britanniques. Ce sont les deux leçons que méditent sans doute les organisateurs chinois des Jeux olympiques, au lendemain de l'interpellation musclée d'un reporter de la chaîne de télévision commerciale britannique ITN, John Ray, mercredi. Il couvrait avec son équipe une tentative de manifestation de cinq militants américains pour la liberté au Tibet, dans le centre de Pékin, en dehors des trois parcs désignés comme lieux officiels de contestation – mais où n'a lieu aucune manifestation : les Chinois se font généralement arrêter lorsqu'ils vont demander l'autorisation de le faire dans ces parcs.

Le blogueur et "citoyen-reporter" chinois Zola, 27 ans, a reçu jeudi 14 août la visite de plusieurs fonctionnaires en civil au domicile de ses parents dans leur village, à 40 km de Meitanba, dans le Hunan. Les officiels se sont fait passer pour des membres du Planning familial et pour des parents éloignés de la famille. Ils l'ont ensuite ramené à Meitanba, où se trouve son certificat de résidence officiel. Les responsables locaux, dit-il, ont l'ordre de l'empêcher de se rendre à Pékin.

Alors que l'organisation matérielle de la première semaine des Jeux olympiques de Pékin constitue jusqu'ici un sans-faute magistral, alors que la Chine est toute à la fierté d'une moisson impressionnante de médailles d'or – 22, vendredi matin 15 août ! –, les interpellations quotidiennes de poignées de manifestants non autorisés, les multiples obstacles auxquels se heurtent les journalistes et l'écho rencontré à l'étranger par les petits trucages d'une cérémonie d'ouverture trop parfaite ont placé les autorités chinoises sur la défensive.

Visible dans le monde entier sur YouTube, l'interpellation mouvementée du journaliste, emmené de force dans un car de police et hurlant par la fenêtre – comme seuls savent le faire des Anglais – qu'il est arrêté alors qu'il ne faisait que son métier, qu'on lui a "enlevé ses chaussures", tout en exhibant sa carte d'accréditation olympique, est du plus mauvais effet en Occident et a mobilisé le reste de la presse britannique, dans un réflexe de solidarité. L'incident a été au centre d'un briefing houleux, jeudi, au centre de presse olympique.

Au cours de cette conférence de presse – qui se tient quotidiennement –, le responsable du Comité d'organisation des JO de Pékin (Bocog), Wang Wei, un homme au charme courtois, diplômé de l'université américaine Rutgers, a été contraint de justifier l'attitude de la Chine sur toute une série de questions, posées sans ménagement par les journalistes occidentaux accrédités. "Oui, j'ai dit [il y a sept ans] que les JO en Chine aideraient la Chine à s'ouvrir et à se réformer, a-t-il reconnu. Certains [d'entre vous] ne sont pas satisfaits, c'est vrai." Mais "la Chine se développe très vite. Les gens jouissent de plus de liberté, ils ont beaucoup de choses à dire. Si vous demandez au Chinois de la rue, il vous dira la même chose… Les gens sont heureux, ils sont optimistes sur leur avenir. Il faut croire la majorité des gens, sinon vous vous laissez tromper".

Pour M. Wang, la faute incombe à "un très petit nombre de gens qui sont venus ici pour parler, pour critiquer, pour fouiller dans les moindres détails et dénicher des failles. Cela ne veut pas dire que nous ne tenons pas nos promesses". Le très calme Wang Wei a même fini par s'emporter : "Ceci n'est pas un débat, O-K ? Vous avez eu votre tour, maintenant c'est à moi !"

Une partie du contentieux est politique. Il tient, estime un éditorial du Financial Times, à la "contradiction flagrante entre les promesses préolympiques d'ouverture et la réalité de la domination du Parti communiste chinois". L'autre partie du contentieux, qui porte sur les trucages de la cérémonie d'ouverture, relèverait, selon certains experts, des différences culturelles : le souci chinois de la perfection, de "sauver la face", contre l'accent mis par les Occidentaux sur l'authenticité.

Il reste que, comme l'a expliqué jeudi le sinologue américain Orville Schell, si ces JO de Pékin ont d'ores et déjà apporté à la Chine la reconnaissance de sa puissance, celle de son autorité morale est, en revanche, encore loin d'être acquise.

Sylvie Kauffmann


Le malaise social des travailleurs migrants chinois tourne à l'émeute dans le Zhejiang
LE MONDE | 15.07.08 | 09h39 • Mis à jour le 15.07.08 | 21h15

Pékin, correspondant

Plus d'un millier de travailleurs migrants chinois ont attaqué récemment, et trois jours durant, le poste de police de Kanmen, une ville d'un comté de la province du Zhejiang, située au sud de Shanghaï, illustrant la persistance d'un malaise social dans les campagnes de Chine.

Selon une information diffusée, lundi 14 juillet, par la branche hongkongaise du Centre pour les droits de l'homme et la démocratie (CHRD), la colère des ouvriers a explosé, jeudi, après que l'un d'eux eût été battu par des policiers. La victime, Zhang Zhongfu, protestait contre le refus de la police de lui attribuer un permis de résident.

L'incident a d'abord provoqué une manifestation d'une centaine de personnes autour du commissariat. Les policiers ne voulant rien entendre aux doléances des ouvriers protestant contre le passage à tabac de leur camarade, l'affaire a tourné à l'émeute. Le CHRD ne donne pas de détails sur le bilan éventuel de blessés amis précise que 23 émeutiers ont été arrêtés, dont Zhang Zhongfu.

Les travailleurs migrants ou "mingong", en chinois, représenteraient une force de travail de près de 200 millions de personnes. Paysans pauvres de villages reculés des provinces défavorisées, ils sont venus en ville participer à l'extraordinaire essor d'urbanisation de la Chine de la fin du XXe siècle. Parfois exploités par des patrons qui ne les paient pas, ils travaillent dans des conditions dégradantes avec des horaires harassants.


PERMIS DE RÉSIDENCE
Ce que demandait Zhang Zhongfu est à la racine du malaise des "mingong". Venus des campagnes, ils n'ont pas toujours d'existence légale en ville, formant une population flottante qui ne possède pas le document donnant des droits au citoyen chinois, le permis de résidence ou "houkou". Sans lui, pas d'école pour les enfants, pas de sécurité sociale, pas de couverture médicale... Autant d'avantages sociaux que la "dérive" capitaliste de la Chine a par ailleurs largement érodés pour l'ensemble de la population.

Les autorités ont annoncé à plusieurs reprises des mesures destinées à lutter contre les discriminations dont sont victimes les travailleurs migrants. Le système du "houkou" reste cependant, pour l'essentiel, en vigueur en Chine même s'il est devenu de moins en moins un objet de contrainte en province.

Cette émeute fait suite à d'autres violences, qui ont éclaté le 28 juin dans la province méridionale du Guizhou. Une manifestation réunissant une trentaine de milliers de personnes avait, elle aussi, dégénéré en bataille de rues dans le chef-lieu du comté de Wengan. La foule avait attaqué des bâtiments publics et des commissariats de police avant de renverser et d'incendier de nombreux véhicules. Le meurtre et le viol d'une jeune fille de 17 ans avaient provoqué cette flambée de colère.

Les camarades de classe de la victime accusaient la police de protéger le suspect de ce crime, qui serait le fils d'un responsable local. Le chef de la police a été par la suite démis de ses fonctions mais il a accusé les émeutiers d'être liés aux triades, les organisations chinoises de type mafieuses. La presse locale a annoncé, lundi, qu'une centaine de personnes avaient été arrêtées à la suite de cette émeute.

A la veille des Jeux olympiques, qui auront lieu à Pékin en août sous très haute surveillance policière, le pouvoir entend prouver qu'il est capable d'imposer la loi et l'ordre et de promouvoir le concept de "société harmonieuse" voulu par le président Hu Jintao. En 2006, selon les statistiques officielles, 87 000 manifestations et violences ont secoué de nombreuses villes et comtés de province. Depuis, le gouvernement a cessé de publier les chiffres illustrant ces dysfonctionnements sociaux.

Bruno Philip


Pékin veut encore croire à sa victoire sur la pollution
LEMONDE.FR avec AFP | 08.07.08 | 17h09 • Mis à jour le 08.07.08 | 17h10

La pollution à Pékin reste supérieure aux normes internationales fixées par l'Organisation mondiales de la santé (OMS) et aux engagements pris, en 2001, au moment de l'attribution des Jeux olympiques, affirme mardi 8 juillet la BBC. Après avoir effectué pendant une semaine des mesures de qualité de l'air dans la ville hôte des Jeux olympiques, qui se dérouleront du 8 au 24 août, la radio britannique a constaté que "la ville échouait à respecter les recommandations sur la qualité de l'air de l'OMS six jours sur sept". Cela saute aux yeux ces derniers jours : la ville est baignée dans un épais nuage, combinaison de brume et de pollution.



Bien conscientes de l'urgence de la situation, les autorités chinoises ont demandé aux habitants qui le peuvent de travailler depuis chez eux, et aux entreprises de réduire leurs heures d'ouverture. Du 20 juillet au 20 août un système de circulation alterné va être mis en place. Mardi, le bureau de la protection de l'environnement est une nouvelle fois intervenu pour apaiser les esprits :"nous sommes confiants, nous serons en mesure d'assurer la qualité de l'air", a déclaré une responsable, Zhai Xiaohui. Les autorités pensent notamment pouvoir réduire de 45 % la circulation pendant la période des jeux (et de 63 % les émissions de polluants), tandis que les véhicules les plus polluants sont déjà bannis de la capitale et que de nombreuses usines et entreprises ont été délocalisées ou temporairement fermées.

"LE TAUX D'ABANDON À PÉKIN SERA TRÈS IMPORTANT"

Ces mesures sont cependant insuffisantes puisque Pékin reste tributaire des émissions polluantes des régions environnantes et donc des aléas météorologiques. "Il est impossible de présager scientifiquement du résultat sur la qualité de l'air. La météo restera un facteur déterminant", estime Benjamin Guinot, chercheur français spécialiste de la pollution atmosphérique.


Critique pour les habitants, la situation l'est aussi pour les athlètes, dont les performances pourraient être affectées par des pics de pollution. "Les conditions seront très, très cruelles", s'inquiétait récemment l'ancien marathonien australien Robert de Castella, estimant que "le taux d'abandon à Pékin sera très important". Avant lui, le recordman du monde de la discipline, l'Ethiopien Haile Gebreselassie avait indiqué ses inquiétudes : "La pollution est un réel problème pour courir le marathon encore plus que pour d'autres épreuves. Courir pendant plus de deux heures dans ces conditions est vraiment très, très difficile. La pollution est vraiment le principal problème à Pékin. C'est un sujet qui va au-delà de l'organisation des Jeux olympiques : les gens qui habitent ici en souffrent vraiment."

PAS DE MASQUES PENDANT LES COURSES
Quelle parade pour les athlètes ? "De nombreuses personnes m'ont conseillé de porter un masque. Désolé, mais je ne peux pas faire ça !", a déclaré lundi Tyson Gay, champion du monde du 100 mètres et du 200 mètres. Le comité olympique américain a d'ailleurs proscrit l'utilisation de masques antipollution pendant les courses afin de ne pas froisser l'hôte chinois. Certains, comme la championne du monde australienne du 400 mètres haies, Jana Rawlinson, ou le tenant du titre olympique sur 400 mètres et champion du monde de la distance, Jeremy Wariner, ont annoncé leur intention de se préparer au rendez-vous olympique loin de Pékin.

Si un récent rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement (octobre 2007), portant sur l'évolution de la situation à Pekin entre 2000 et 2006, soulignait les "inquiétudes légitimes" pour la santé des athlètes, les avis des professionnels du sport sont assez nuancés. "Ce n'est pas les conditions optimales pour faire les meilleures performances", reconnait le professeur Huchon, interrogé sur RFI, qui pointe particulièrement les risques pour les athlètes souffrant d'asthme. Sur RMC, le Dr Eric Jousselin, médecin-chef à l'INSEP (Institut du sport français) rappelle cependant que les athlètes sont préparés à ces conditions difficiles : "Les sportifs vont certainement souffrir d'irritations variées, comme à chaque fois que l'on se déplace dans un endroit nouveau." "Mais ce sont des gens qui ont malheureusement l'habitude de courir dans des conditions difficiles", explique-t-il.


Négociations dans l'impasse entre Pékin et les Tibétains en exil
LE MONDE | 08.07.08 | 14h38
PÉKIN CORRESPONDANT

Nicolas Sarkozy devait rencontrer, mercredi 9 juillet, en marge du sommet du G8, au Japon, son homologue chinois Hu Jintao pour indiquer qu'il assistera à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin. M. Sarkozy avait, au printemps, implicitement conditionné sa venue à la reprise du dialogue entre le dalaï-lama et le pouvoir chinois.Si le chef de l'Etat confirme sa présence à Pékin, le 8 août, il lui sera néanmoins malaisé de justifier cette décision. Certes, des envoyés du chef du gouvernement tibétain en exil et de hauts responsables du Parti communiste chinois se sont rencontrés à deux reprises. Mais les discussions entre Pékin et Dharamsala, la "capitale" tibétaine de l'exil, située dans l'Himalaya indien, sont dans l'impasse.Au vu de l'ampleur des problèmes sino-tibétains à régler cinquante-huit ans après la "libération pacifique" du Tibet par les troupes de Mao Zedong et près de trois mois après les émeutes de Lhassa, on ne pouvait certes pas s'attendre à des miracles. Si l'on a pu déceler un léger changement de ton de certains médias officiels à l'égard du chef spirituel tibétain, de nouveau gratifié de son titre de "14e dalaï-lama", la position chinoise sur le Tibet n'a pas varié.En fin de semaine dernière, l'un des deux négociateurs du dalaï-lama assurait même que les dernières rencontres sino-tibétaines, à Pékin le 1er juillet, "ont été les plus difficiles" jamais tenues.Lyodi Gari, le négociateur tibétain en chef, accompagné de trois collègues, s'est entretenu pendant deux jours avec le ministre Du Qinglin, chef du "département du front uni" du Parti communiste. Ce dernier a accusé le dalaï-lama d'avoir mûri de longue date la préparation d'émeutes destinées à "saboter" les Jeux olympiques.

"GAGNER DU TEMPS"

"Ces allégations sont sans fondement", a martelé M. Gari à son retour en Inde. Il a ajouté, selon l'AFP, qu'il y a "un sentiment grandissant parmi les Tibétains que la tactique des Chinois consiste à gagner du temps. Et nous avons dit à nos interlocuteurs chinois que l'on commence à être d'accord avec cette interprétation"...Le séjour de la délégation tibétaine semble bien avoir été en pure perte même si les deux parties ont convenu de se revoir "après les Jeux olympiques". La pression internationale sera alors retombée et le pouvoir chinois sera en position de force face aux Tibétains.Les envoyés du dalaï-lama avaient espéré un geste de Pékin, notamment l'arrêt des séances d'"éducation patriotique" durant lesquelles les moines doivent dénoncer le chef de l'église bouddhiste du Tibet. Il n'en fut rien.

Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 09.07.08.


Chine : les Ouïghours s’en prennent à la police
d’après AFP
QUOTIDIEN : samedi 7 juin 2008

Des Ouïghours de la province du Xinjiang, dans l’ouest de la Chine, ont attaqué un poste de police à coups de pierres et de cocktail Molotov pour protester contre la répression dont ils affirment être les vitimes à l’approche des jeux Olympiques de Pékin.

L’attaque se serait déroulée la semaine dernière dans la ville de Sangong, a déclaré vendredi Dilxat Raxit, le porte-parole du Congrès mondial Ouïghour basé en Allemagne. Selon lui, elle est la conséquence de la répression menée en Chine contre ce peuple turcophone qui fait partie des minorités musulmanes vivant au Xinjiang. «Les autorités chinoises utilisent l’excuse des Jeux olympiques pour opprimer notre population, estime Raxit. Ils arrêtent des gens en dehors de toute procédure légale. Tous ceux qu’ils soupçonnent d’être des opposants au gouvernement font l’objet de rafles.»

Environ 8,3 millions de Ouïghours vivent dans la province et nombre d’entre eux accusent la Chine de mener des politiques visant à les opprimer et à faire disparaître leur culture. Dilxat Raxit assure que l’attaque du poste de police, qui a été confirmée par les autorités chinoises sans plus d’informations, était survenue après plusieurs tentatives pacifiques de mettre un terme aux actions de la police et de la justice contre son peuple.

Depuis, la répression policière se serait encore intensifiée la semaine dernière lorsque «plusieurs dizaines» de Ouïghours suspectés d’avoir pris part aux violences ont été arrêtées.


© Libération


Entre célébrations de la population chinoise et critiques des pro-Tibétains, le flamme a atteint le toit du monde ce matin. Une première.
AFP
LIBERATION.FR : jeudi 8 mai 2008

A trois mois des JO, la torche olympique a atteint jeudi le sommet de l'Everest. Une première historique célébrée par Pékin après un parcours chaotique de la flamme qui n'a cessé de mettre la Chine dans l'embarras. Le dernier porteur de la torche, spécialement conçue pour la haute altitude, la Tibétaine Cering Wangmo, a atteint tôt jeudi matin le sommet le plus élevé du monde (8.848 m).
Une douzaine d'alpinistes, dans leurs combinaisons ornées du logo "Pékin 2008", ont célébré l'ascension devant la caméra de la télévision chinoise, lançant des "Pékin vous accueille!" ou "Nous sommes sur le toit du monde!".

Malgré le vent et une température de moins 30 degrés Celsius, la torche spéciale est restée allumée, a assuré l'agence Chine Nouvelle. La torche avait été allumée 40 mètres avant le sommet par un des alpinistes qui avait sorti de son sac à dos une boîte enfermant la flamme.

L'un des cinq derniers porteurs de la torche -- quatre Tibétains et un Han, ethnie majoritaire en Chine -- a lancé "Un seul monde, un seul rêve" en prenant le relais, le slogan officiel des jeux Olympiques de Pékin en août.

La flamme était arrivée le 27 avril au camp de base de l'Everest, mais de mauvaises conditions météorologiques avaient retardé l'ascension.

La crise au Tibet et dans les régions environnantes du mois de mars n'avait pas fait changer le projet de faire passer la torche sur le "Toit du monde", l'un des moments forts du relais de la torche en Chine.

Il s'agit d'une flamme distincte de celle qui parcourt actuellement la Chine après être passée par une vingtaine de pays à l'étranger, parfois de manière houleuse, comme à Paris, en raison de manifestations de pro-Tibétains et de militants des droits de l'Homme.

La torche olympique sur l'Everest a suscité des protestations des militants pro-tibétains, qui dénoncent la répression après le début des émeutes au Tibet en mars.

"La Chine a fait du Tibet un thème central de sa propagande olympique", a estimé Matt Whitticase, porte-parole de l'organisation "Campagne pour un Tibet libre", basée à Londres. "En hissant la torche par le versant tibétain de l'Everest, la Chine marque clairement ses revendications de souveraineté sur le Tibet, qui sont sans fondement. C'est une politisation évidente des jeux Olympiques par le pays hôte", a-t-il dénoncé.

Les médias officiels, eux, ont profité de l'occasion pour vanter l'unité du pays avec le Tibet moins de deux mois après les troubles dans la région. Les reportages ont souligné la présence au sein de l'équipe d'alpinistes de Tibétains et de Han, l'ethnie majoritaire en Chine.

Pour éviter toute manifestation de militants pro-tibétains après les troubles de mars, la Chine avait déployé des forces de l'ordre dans la zone et interdit toute autre expédition, comme au Népal voisin, où le versant sud avait été fermé. Juste après l'ascension réussie, le Népal a d'ailleurs annoncé la levée de de l'interdiction.

Les expéditions sur l'Everest, qui génèrent des bénéfices juteux pour les organisateurs grâce aux permis d'escalade pouvant atteindre 50.000 euros par personne, se concentrent en mai, avant la saison de la mousson, et en septembre.

© Libération


Les négociateurs chinois et tibétains ne parviennent à aucun résultat
LE MONDE | 05.05.08 | 14h35 • Mis à jour le 05.05.08 | 14h35
PÉKIN CORRESPONDANT

La rencontre, dimanche 4 mai, dans le sud de la Chine, entre des représentants du chef spirituel des Tibétains, le dalaï-lama, et des officiels chinois n'a débouché sur rien de tangible. La brièveté de ces entretiens laisserait même penser que cette reprise des discussions sino-tibétaines s'est soldée par un échec.

Si les deux parties sont tombées d'accord pour poursuivre le dialogue, la date de la prochaine rencontre n'a pas été fixée. L'agence de presse officielle Chine nouvelle s'est contentée d'annoncer, dimanche, que "les membres du gouvernement central et des représentants personnels du 14e dalaï-lama ont convenu de tenir une nouvelle série de contacts et de consultations à une date appropriée".

La rencontre a eu lieu à Shenzhen, dans la province de Canton. Côté tibétain étaient présents les négociateurs Lodi Gyari et Kelsen Gyaltsen, des proches du dalaï-lama résidant aux Etats-Unis et en Europe. Zhu Weiqun et Sithar, hauts responsables du "département du Front uni du Parti communiste", représentaient le gouvernement chinois. Sithar, ancien diplomate en Suisse, vétéran des discussions sino-tibétaines, qui a rang de vice-ministre, est d'ethnie tibétaine. Il est décrit comme un pragmatique.

En fin de semaine, le président chinois Hu Jintao avait, dans un entretien accordé à la presse japonaise avant son départ, mardi, pour un voyage officiel à Tokyo, "espéré que cette rencontre déboucherait sur des résultats positifs." Le fait que jamais en Chine on ait commenté, à ce niveau, les précédentes rencontres avec des représentants du gouvernement en exil tibétain démontre le souci de Pékin de donner un maximum de publicité à ces discussions dans le contexte de la crise au Tibet. Il avait toutefois prévenu que l'important était pour lui non seulement de comprendre "ce que (les émissaires tibétains) diront, mais ce qu'ils feront".

Ajoutant ses commentaires au flot incessant d'attaques de la presse chinoise contre le dalaï-lama et sa "clique", l'agence Chine nouvelle a, de son côté, répété que le chef spirituel tibétain et son entourage doivent "prendre des mesures crédibles pour cesser leurs activités destinées à diviser la Chine, arrêter de comploter et d'inciter à la violence et de saboter les Jeux olympiques".


AUCUNE CONCESSION

Les responsables tibétains du gouvernement en exil, basé en Inde, ne se faisaient, pour leur part, guère d'illusions sur cette reprise des discussions que le dalaï-lama avait espéré "sérieuses". Entre 2002 et 2007, les négociateurs tibétains et chinois se sont déjà vus sept fois sans qu'aucune ébauche de solution ne soit trouvée pour dégager un minimum de consensus entre les deux parties.

Dimanche, le porte-parole du gouvernement du dalaï-lama, Thubten Samphel, a précisé que la "préoccupation première (des officiels Tibétains en exil) est que s'arrête la répression, et que les restrictions imposées aux Tibétains soient levées". La veille, le premier ministre de ce même gouvernement, Samdhong Rimpoche, avait été encore plus explicite, prévenant que cette rencontre ne donnerait lieu "à aucune discussion fondamentale à propos des questions sino-tibétaines".

Au-delà de l'opération de relations publiques voulue par la Chine, sous pression internationale pour renouer le contact avec des envoyés du dalaï-lama, la plupart des observateurs restent sceptiques sur l'avenir de ces discussions tant que Pékin n'envisage aucune réelle concession.

Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 06.05.08.


La presse chinoise révèle un nouveau scandale d'enfants esclaves
LE MONDE | 02.05.08 | 15h37 • Mis à jour le 02.05.08 | 15h37
PÉKIN ENVOYÉ SPÉCIAL

Un millier d'enfants esclaves, âgés de 9 à 16 ans, exploités pour 35 centimes d'euros l'heure dans plusieurs villes de la province de Canton, ont été libérés en début de semaine, ont révélé, mercredi 30 avril, des médias chinois.

Le quotidien Nanfang Dushibao précise que les enfants travaillaient dans des usines de Dongguan, Shenzhen et Huizhou, dont une grande partie de l'économie repose sur l'exportation. Le même quotidien écrit que 167 d'entre eux ont déjà été délivrés pour la seule ville de Dongguan, tandis que 3 629 entreprises employant 450 000 ouvriers ont été visitées par la police.

Des scandales de ce genre éclatent régulièrement en Chine, mais la plupart des "esclavagistes" restent impunis, l'ampleur de cette exploitation de main-d'oeuvre très bon marché étant souvent la résultante de la collusion entre autorités locales du Parti communiste chinois, entrepreneurs et policiers.

Au mois de juin 2007, une autre affaire de ce type avait été largement évoquée par les journaux chinois et la télévision, provoquant une grande émotion dans l'opinion. 570 "ouvriers esclaves", dont 41 enfants, avaient été découverts travaillant dans des conditions abominables dans des briqueteries de la province du Shanxi, au sud-ouest de Pékin.

Enfermés la nuit dans des dortoirs-prisons, gardés par des chiens-loups, ils étaient nourris de quelques petits pains de maïs par jour et souvent frappés s'ils ne travaillaient pas assez vite. Des recruteurs leur avaient fait miroiter un travail bien payé, et des hommes de main de la mafia en avaient drogué certains pour les faire venir.

Le patron de l'une des briqueteries où avaient été retrouvés des dizaines de ces esclaves, Wang Bingbing, n'était autre que le fils du responsable local du Parti. L'un des gardes de l'entreprise, Zhao Yanbing, accusé d'avoir tué un ouvrier, a été condamné à mort.

Les autorités de la province de Canton tentent de minimiser l'ampleur du scandale. Le maire adjoint de Dongguan, Li Xiaomei, a affirmé au Nanfang Dushibao que sur les "3 000 usines que nous avons déjà inspectées, nous n'avons pas découvert d'utilisation sur une grande échelle du travail des enfants".

La plupart des enfants rescapés viennent de la province du Sichuan, une province pauvre du Sud-Ouest chinois, où des organisations mafieuses avaient convaincu leurs parents des possibilités de travail dans la région de Canton...

Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 03.05.08.


Le Tibet, zone interdite à cent jours des Jeux olympiques
LE MONDE | 30.04.08 | 10h54 • Mis à jour le 30.04.08 | 10h57
Pékin, Deqin (Yunnan), Xiahe (Gansu), correspondants

A cent jours de l'ouverture des Jeux olympiques, alors que la Chine a fait une concession inattendue en acceptant le principe d'une rencontre entre des officiels de Pékin et des représentants du dalaï-lama, le Tibet et les régions avoisinantes restent bouclés. Nul étranger, touriste ou journaliste, n'a le droit de pénétrer au "pays des neiges" ou dans la plupart des districts ou préfectures de population tibétaine des provinces du Yunnan, du Gansu, du Sichuan ou du Qinghaï.


Du Tibet, les informations ne filtrent plus qu'au compte-gouttes, soit par l'intermédiaire d'associations ou de sites internet basés à Dharamsala, en Inde – ville où résident le dalaï-lama et son gouvernement en exil – soit par la presse officielle chinoise. Des informations toujours très difficiles à confirmer.

L'agence de presse officielle Chine nouvelle a annoncé, mercredi 30 avril, que la police avait tué un "insurgé" indépendantiste tibétain dans la province de Qinghaï. Un policier, ajoute la dépêche, a également trouvé la mort dans cette fusillade au cours de laquelle "le suspect a tenté de résister". C'est la première fois que les autorités admettent que les forces de l'ordre ont tué quelqu'un : officiellement, le bilan est toujours de 20 personnes tuées par les "émeutiers tibétains" depuis la mi-mars. Selon des sources du gouvernement en exil tibétain, le chiffre serait d'environ 200 morts.

La presse officielle chinoise a, par ailleurs, indiqué, mardi, que 17 personnes arrêtées après l'émeute du 14 mars à Lhassa ont été condamnées à des peines variant de trois ans de prison à la réclusion à perpétuité pour leur rôle durant cette manifestation. Quatre cents personnes avaient été arrêtées à Lhassa, de source officielle chinoise. Selon des sources tibétaines en Inde, le chiffre serait de 2 000.

"RÉÉDUQUER LES MOINES"

En avril, dans les régions bordant le Tibet, la pression policière était symptomatique de cette volonté de ne laisser entrer aucun visiteur, ni filtrer aucune information. "Si vous êtes venu en touriste, bienvenue ! Mais vous n'avez pas le droit d'interroger la population", déclaraient deux policiers à Deqin, ville d'une préfecture tibétaine de la province du Yunnan. "Si vous vous conduisez comme un journaliste, nous prendrons contre vous les mesures qui s'imposent", annonçait un policier lors d'un contrôle à un barrage routier. "Nous ne pouvons pas assurer votre sécurité. Vous êtes en région tibétaine, tout peut arriver…", déclarait son collègue.

Depuis le 1er janvier 2007, les correspondants de presse accrédités à Pékin ont officiellement le droit de voyager en Chine sans autorisation préalable, comme c'était le cas auparavant, sauf au Tibet, pour lequel tout étranger doit être détenteur d'une permission spéciale.

A défaut de rencontrer librement des journalistes, certains interlocuteurs acceptent de livrer des informations au téléphone. Selon une source jointe dans le comté de Batang, au Sichuan, "une nouvelle campagne d''éducation patriotique' a été lancée depuis quelques semaines : les policiers entrent dans les monastères pour rééduquer les moines. Ils les obligent à chanter l'hymne chinois et à hisser le drapeau national. Tout le monde est sur le pied de guerre. Les officiels n'auront pas de vacances pour le 1er mai." Selon des sources tibétaines en exil, comme celles émanant de l'International Campaign for Tibet (ICT) ou le Tibetan Center for Human Rights and Democracy (TCHRD), des incidents ont lieu très fréquemment dans toutes les régions tibétaines. ICT affirme, mardi, qu'une nonne se serait suicidée dans la ville de Tashigang, près de Lhassa, après avoir vu des manifestants se faire violemment frapper par la police. ICT ajoute que "des arrestations en masse de moines se poursuivent" dans la région.

Pour Pékin, il s'agit aussi de discréditer religieux et laïques, en affirmant qu'ils sont prêts à recourir à des actions de type terroriste : toujours selon Chine nouvelle, la police a, dans le monastère de Geerdeng, au Sichuan, "saisi une trentaine d'armes à feu et 4kg d'explosifs". Même chose près de Xiahe, au monastère de Kajiaman, où l'agence affirme que "sept personnes ont été trouvées en possession d'armes à feu, de détonateurs, de couteaux, de balles et de 10 kg d'explosifs".

Bruno Philip et Brice Pedroletti
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Chronologie

14 mars. Emeutes à Lhassa, capitale de la Région autonome du Tibet. Les troubles s'étendent à l'extérieur de la région.

16 mars. Le dalaï-lama fait part de son inquiétude sans appeler à un boycottage des Jeux olympiques (JO).

18 mars. Le premier ministre chinois accuse "la clique du dalaï-lama" d'avoir fomenté les troubles.

28 avril. Plus de 3 000 exilés tibétains défilent à Katmandou, au Népal, pour réclamer une enquête des Nations unies sur les événements du Tibet.

29 avril. La Chine appelle le dalaï-lama à "saisir l'opportunité du dialogue" qu'elle lui a offert et à mettre fin aux violences avant les JO. Le dalaï-lama indique qu'il attend toujours la lettre d'invitation au dialogue de Pékin.


Pékin impose le black-out sur l'ascension de l'Everest par la flamme olympique
LE MONDE | 30.04.08 |
Pékin (correspondance)

Alors que la flamme olympique a fait son entrée en Chine, mercredi 30 avril, Pékin se prépare dans le plus grand secret à la porter au sommet de l'Everest (8 848 mètres). Le Toit du monde est le point culminant de la Chine, mais aussi du Tibet. Le régime communiste, confronté à des mouvements de protestation dans ses provinces de culture tibétaine, a déployé d'importants moyens pour préserver le parcours de la flamme de toute perturbation lors de cette étape hautement symbolique.

Côté chinois, les expéditions commerciales d'alpinistes ont dû annuler leurs opérations ce printemps. Seuls onze journalistes étrangers (et dix-neuf chinois) sont arrivés, lundi, au pied de la montagne, trois jours seulement après avoir quitté Pékin. Il leur a été refusé de s'acclimater comme prévu à Lhassa, toujours interdite aux journalistes depuis les émeutes du 14 mars. La première dépêche de Nick Mulvenney, de l'agence Reuters, traduit la frustration de la presse, assignée dans un camp de mobil-homes, hors de vue d'un camp de base clôturé et gardé par l'armée: "Les températures négatives, le vent perçant et le mal des montagnes sont déjà pénibles, mais le manque d'information sur le moment où la flamme débutera son ascension de l'Evrest rend les journalistes doublement misérables", a-t-il écrit mardi. L'officile en charge du seul briefing de la journée a précisé qu'il ne cachait rien : "la torche ira au sommet un jour de mai, quand les conditions seront les plus appropriées".


Lundi, un journaliste japonais qui tentait de s'approcher du camp de base à pied a été refoulé. Mardi midi, des grimpeurs ont été vus à 6 500 mètres d'altitude, sur la chaîne d'information continue de la CCTV. Selon nos informations, les alpinistes sont parvenus à plus de 8 000 mètres. L'équipe de plusieurs dizaines de membres a équipé la montagne de cordes fixes, comme en 2007, quand douze personnes étaient arrivées au sommet et avaient testé une vaingtaine de torches.

Journaliste explusé
Les grimpeurs attendent désormais le créneau météo qui leur permettra de lancer l'assaut final. Le vent doit être inférieur à 65 km/h et la visibilité suffisante pour obtenir des images de qualité. Selon Yan Giezendanner, routeur météo installé à Chamonix, ces conditions seraient réunies samedi 3 mai : "pour l'instant, le vent est fort, 80 à 100 km/h. Vendredi ça baisse mais il y a des nuages. Samedi sera parfait : pas de vent, beau temps".

Le versant népalais de l'Everest est également placé sous un contrôle très strict. A la demande de la Chine, le Népal a interdit les "activités séparatistes" sur la montagne. Le président de la région autonome du Tibet a ainsi déclaré que la Chine avait "la capacité et le pouvoir de contrecarrer toute perturbation et tout sabotage, à l'intérieur et à l'extérieur du pays". Selon le site d'alpinistes américains Mounteverest.net, une semaine avant l'annonce des restrictions à l'Everest le 7 mars, une banque d'Etat chinoise a accordé au Népal 121 millions d'euros pour la construction de deux centrales électriques.

Côté népalais, les alpinistes ont reçu l'ordre de ne pas dépasser 6 500 mètres tant que la torche n'aura pas atteint le sommet. Des soldats armés ont été positionnés à cette altitude. Un alpiniste américain a été refoulé du camp de base, il y a une semaine, après la découverte d'une banderole protibétaine dans son sac à dos. Enfin, lundi, un reporter de la BBC a été explusé. Il avait été témoin de la visite de l'ambassadeur de Chine au camp de base de l'ascension de l'Everest sur le territoire népalais.

Charlie Buffet
Article paru dans l'édition du 02.05.08.


Les sponsors des Jeux redoutent le boycottage
LE MONDE | 10.04.08 | 14h15

Face aux récents incidents survenus sur le parcours de la flamme olympique à Londres, Paris et San Francisco, certains sponsors des Jeux olympiques de Pékin (une cinquantaine au total) sortent - avec la plus grande prudence - de leur réserve.

Pour se dédouaner de toute "complicité" avec le régime chinois, les marques interrogées affirment qu'elles "ne financent pas" la Chine, mais qu'elles sont avant tout liées au Comité international olympique (CIO). "Notre partenariat avec le CIO remonte à 1976, rappelle-t-on chez McDonald's. Il ne nous appartient pas de juger ou d'orienter le choix du pays organisateur."

"C'est le CIO qui le choisit, pas nous", insiste Emmanuelle Gaye, porte-parole d'Adidas France. La firme allemande aurait déboursé plus de 100 millions de dollars (63,6 millions d'euros) pour être l'équipementier officiel des JO. Ce qui permettra à la marque aux trois bandes de fournir les tenues vestimentaires des équipes chinoises, des organisateurs, des bénévoles... soit plus de 100 000 personnes.

Ainsi, la principale crainte de ces enseignes est de voir le débat autour du Tibet ou du boycottage de la cérémonie d'ouverture, le 8 août à Pékin, ternir l'éclat de leur renommée internationale.

Car pour ces marques, les Jeux de Pékin s'annoncent comme "le plus gros succès commercial du XXIe siècle", selon Gerhard Heiberg, directeur du marketing du CIO. Une visibilité exceptionnelle lorsque l'on sait que l'audience des JO devrait atteindre 4 milliards de téléspectateurs...


IMPACT NÉGATIF

"Il y a un potentiel d'impact négatif sur l'image de marque", reconnaît Patrick Bailly, directeur général de Haier France. Selon le dirigeant de cette marque chinoise, troisième fabriquant mondial d'électroménager, "l'agitation" autour des Jeux "risque d'exacerber les tensions qui existent en Chine". "Il faut laisser le temps à la démocratie de s'installer dans ce pays", ajoute M. Bailly.

Toutefois, certains sponsors admettent qu'il ne faut pas rester "silencieux" face aux abus du régime chinois, "même si c'est un peu excessif", note Laurent Abadie, PDG de Panasonic France. "Nous sommes sensibles à la protection des droits de l'homme en Chine où nous avons des usines", réaffirme Emmanuelle Gaye.

Et si un athlète sponsorisé par Adidas refuse de participer aux JO ? Et s'il arbore un signe pro-tibétain lors de la compétition ? "Nous n'allons pas le sanctionner, c'est sa liberté, concède la porte-parole de la marque. Mais il doit respecter la règle 51 de la charte olympique." Celle qui signifie aux sportifs qu'"aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n'est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique".

Pas question donc pour les sponsors de se retirer comme le souhaite le député Philippe Folliot (Tarn, Nouveau Centre). Le vice-président du groupe Tibet à l'Assemblée nationale appelle au boycottage des marques partenaires de la flamme (Coca-cola, Samsung et Lenovo). "Le citoyen est un aussi consommateur, explique le parlementaire. Il peut faire évoluer la Chine en touchant le portefeuille de ces marques."

Ces dernières redoutent ce type de boycottage qui ne se traduit pas - pour le moment - dans les ventes.

Mustapha Kessous
Article paru dans l'édition du 11.04.08.


Pékin traite les critiques par la censure et le mépris
LE MONDE | 08.04.08 | 10h03 • Mis à jour le 08.04.08 | 10h21Pékin, correspondant

Les images des manifestations autour de la flamme olympique dimanche à Londres, puis lundi 7 avril à Paris, dénonçant les atteintes aux droits de l'homme et la politique du gouvernement chinois au Tibet ont du mal à parvenir jusqu'en… Chine.

A Pékin, mardi matin 8 avril, peu de gens semblaient au courant de l'existence des débordements intervenus dans la capitale française – et encore moins d'une éventuelle suspension du parcours de la flamme des JO par le Comité olympique. Les télévisions chinoises n'ont pas diffusé en direct l'événement et ont été encore plus discrètes sur les "perturbations" que lors de l'étape londonienne du relais. Des chaînes chinoises de CCTV avaient rediffusé la tentative d'un homme d'attraper la torche, l'attribuant à des "séparatistes".


Dans la soirée, à Pékin, le brouillage des télévisions étrangères, reçues par satellite, était intense, bien que souvent opéré de manière désordonnée. Sur le site de l'agence Chine nouvelle, on pouvait voir, mardi matin, une photo, cadrée serrée, montrant des spectateurs chinois agitant des drapeaux de la République populaire.

Une dépêche, titrée "Le chef du Comité olympique français [CNOSF] et les spectateurs condamnent les perturbations du relais olympique à Paris", donne, par ailleurs, la parole à plusieurs Français, dont Henri Sérandour, président du CNOSF. Celui-ci déclare que les perturbations sont "hautement regrettables", mentionnant que le relais a été "perturbé à plusieurs reprises par les séparatistes tibétains et leurs supporteurs, qui ont tenté de saisir la torche".

Habitués à contourner la propagande, et de plus en plus sensibles aux questions d'éthique professionnelle, les journalistes chinois sont en réalité de moins en moins dociles. Le Tibet constitue une exception : sur ce sujet, seule la ligne officielle a droit de cité. Les informations sont hiérarchisées dans les médias de manière à donner très peu d'importance aux vagues de protestations qui accompagnent le passage de la torche en Occident – elles font rarement les grands titres, si ce n'est mardi matin dans le Global Times, un journal d'actualité internationale affilié au Quotidien du peuple, où un article de "une" titre sur "l'incapacité de la police française à protéger la flamme". Si les Chinois ne sont pas complètement dupes, ils ne se sentent guère concernés.

"On sait que le gouvernement chinois a l'habitude de cacher des choses. Donc on ne croit pas à 100 % ce qu'il dit. Mais beaucoup de gens disent que les médias occidentaux sont manipulés. Ils parlent de morts au Tibet, il y en aurait plus de cent, mais on n'a aucun moyen de le vérifier. Donc on ne le croit pas vraiment, et on préfère ne pas en parler", dit de Shanghaï "Jenny" (nom d'emprunt), une jeune femme d'une trentaine d'années.

"Wenjing", membre du Parti communiste chinois (PCC), travaille pour une société française à Shanghaï. Elle analyse les événements à l'aune de ce qui lui est arrivé il y a quelques mois. Propriétaire avec son mari d'un nouvel appartement dans une belle résidence de la banlieue de Shanghaï, à Minhang, Wenjing a voulu protester, avec d'autres propriétaires, contre la construction, dans le parc de leur résidence, d'une ligne à haute tension qui n'était pas prévue à l'origine. La réaction des autorités, qui ont refusé le dialogue et prestement contre-attaqué via des écoutes téléphoniques, des garde à vue prolongées et des menaces, l'avait "bouleversée".

"Après ce qui nous est arrivé, je ne sympathise plus avec le gouvernement. Nous, on n'était même pas contre le gouvernement, on voulait simplement discuter. Je suis sûre qu'il s'est passé des choses au Tibet, ils ont l'habitude de réprimer, nous explique-t-elle au téléphone. Il y a aussi sans aucun doute des problèmes de gestion dus à la corruption, beaucoup de choses qui pourraient être améliorées. Mais je vois bien que le gouvernement chinois est très très ferme sur la question. C'est comme pour Taïwan, je ne pense pas du tout que ça va bouger."


L'opinion publique chinoise est rarement consciente du fait que les journalistes étrangers n'ont pas accès aux zones tibétaines. Les médias chinois se font fort de relever les approximations et les exagérations de la presse occidentale. Depuis quelques semaines, une véritable campagne de dénigrement s'est même développée contre la presse étrangère. Les erreurs de légende sur des photos ou des images télévisées ont mobilisé les fen qing, les "jeunes en colère", une frange patriotique de la communauté des internautes en Chine. Beaucoup prennent conscience de ces supposées déformations via les informations envoyées par des étudiants ou des expatriés chinois à l'étranger : pourtant exposés à des débats contradictoires, ils ont souvent ressenti les prises de position occidentales comme des attaques frontales contre leur pays d'origine.

RÉACTIONS NATIONALISTES

En Chine, des menaces de mort sont apparues sur des sites Web à l'encontre de correspondants de médias anglo-saxons à Pékin, laissant craindre une résurgence de "lynchage Internet" – des internautes s'acharnent sur une "cible", d'abord dans le monde virtuel, puis réel.

Si elles sont loin d'être partagées par l'ensemble de la population, ces réactions nationalistes de type épidermique, qui se sont manifestées à plusieurs reprises ces dernières années contre le Japon où les Etats-Unis (notamment après le bombardement de l'ambassade chinoise à Belgrade en 1999), sont instrumentalisées par le régime. Ainsi, lors de l'incident de la flamme à Londres, l'agence de presse Chine nouvelle a rapporté que "des centaines de milliers d'internautes chinois [avaient] exprimé leur indignation face à cette action, disant qu'un tel acte expose à la vue du monde la nature diabolique des séparatistes tibétains".

Ces réactions commencent toutefois à provoquer des débats contradictoires. Le Nanfang Zhoumo, une publication très progressiste du groupe de presse Nanfang à Canton, fut le premier, le 2avril, à oser dévier de la ligne officielle en publiant un éditorial modéré qui, reprenant des déclarations du dalaï-lama puis du premier ministre Wen Jiabao, en appelait au dialogue et à des solutions pragmatiques.

Le lendemain, Chang Ping, un rédacteur en chef adjoint du journal, s'en prenait, sur son blog et dans un papier d'opinion reproduit sur le site en chinois du Financial Times, aux aberrations de la campagne anti-médias occidentaux, appelant les internautes chinois "soucieux de la valeur des informations" à mettre au défi "les contrôles imposés par le gouvernement sur les sources d'information et les médias chinois". Et l'article de conclure que ces derniers étaient "bien plus nocifs que les erreurs de reportage" des premiers.

Plus loin, le journaliste incitait ses lecteurs, si prompts à dénoncer l'ethnocentrisme occidental, à s'interroger sur les préjugés des Chinois vis-à-vis des minorités ethniques : "Si on utilise le nationalisme comme arme pour résister aux Occidentaux, comment pouvons-nous espérer convaincre les minorités ethniques d'abandonner leur propre nationalisme et de partager nos efforts de construction d'une nation?" L'éditorialiste est à son tour l'objet d'une virulente campagne sur Internet, accusé d'être "un traître à la solde des forces étrangères".

Brice Pedroletti


JO en Chine : contestation accrue dans le sillage de la flamme
LE MONDE | 07.04.08 | 16h09 • Mis à jour le 07.04.08 | 16h09

La vague de protestation contre la politique de répression de la Chine au Tibet, exprimée le long du parcours de la flamme olympique, qui traverse Paris lundi 7 avril, a conduit le Comité international olympique (CIO) à faire état, pour la première fois, de "sa préoccupation" sur l'évolution des événements.


Après les incidents intervenus, dimanche, lors du passage de la flamme à Londres, le président du CIO, Jacques Rogge, en visite à Pékin, a appelé "à une résolution pacifique de la crise au Tibet" et condamné "l'usage de la violence incompatible avec les valeurs olympiques". "Certains, a-t-il ajouté, ont brandi l'idée d'un boycott. A l'heure où je vous parle, il n'y a pas d'élan en faveur d'un boycott général."

Face aux manifestants, les policiers londoniens ont dû mettre la torche à l'abri d'un bus à impériale pour éviter que les militants ne s'en emparent. Une quarantaine de personnes ont été interpellées. Pékin a condamné les actions dirigées contre la flamme dans la capitale britannique. La télévision d'Etat chinoise a préféré s'intéresser à la foule de sympathisant présente le long du parcours, sans montrer les manifestants.

En dépit d'un dispositif de sécurité sans précédent pour ce type d'événement, les autorités françaises craignent, pour leur part, de devoir faire face à de nombreuses perturbations le long des 28 kilomètres parcourus par la flamme, entre la tour Eiffel et le stade Charléty.

Un rassemblement était prévu, lundi à la mi-journée, sur le Parvis des droits de l'homme, au Trocadéro, à l'appel notamment de France Tibet et Solidarité Tibet. Une délégation de parlementaires devait se joindre à la manifestation.


"OPTIONS OUVERTES"


Pour le secrétaire général de Reporters sans frontière (RSF), Robert Ménard, à l'origine d'un incident lors de l'allumage de la flamme en Grèce le 24 mars, "les lâches absolus, c'est le CIO". "Lorsque les Jeux olympiques ont été attribués à la Chine, la délégation chinoise s'était engagée à progresser sur les droits de l'homme et notamment sur la liberté de la presse avant l'été 2008, explique-t-il. Ils se sont fait avoir. Jacques Rogge n'a jamais dit un mot sur les droits de l'homme, il le fait maintenant parce qu'il n'a plus le choix, mais il est tard."

Le passage de la flamme olympique attise également la controverse politique en France, notamment sur l'opportunité pour le président Nicolas Sarkozy de participer à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, le 8 août à Pékin.

Le ministre des affaires étrangères français, Bernard Kouchner, a déclaré au Journal du dimanche que "la position de Nicolas Sarkozy est très claire et n'a pas bougé : en fonction de l'évolution de la situation, il prendra sa décision".

"Nous souhaitons que la lumière soit faite sur la situation au Tibet, a-t-il poursuivi. La solution passe aussi, bien sûr, par la fin des violences. Enfin, et surtout, il faut que le dialogue reprenne entre les autorités chinoises et le dalaï-lama." Le chef de la diplomatie française reprend ainsi les trois points évoqués samedi par la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, Rama Yade, dans un entretien au Monde.

Le Quai d'Orsay, tant par la voix de M. Kouchner que de Mme Yade, a toutefois précisé qu'il ne s'agit pas de poser des "conditions" à la Chine et que "toutes les options sont ouvertes" concernant la venue de M. Sarkozy aux JO. Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement, a ajouté, dimanche, que "le temps n'est pas venu de se prononcer, car la France a souhaité faire offre de services pour renouer le dialogue entre les autorités chinoises et le dalaï-lama".

L'opposition a vivement critiqué la position diplomatique française vis-à-vis de Pékin. Pour l'ex-candidate socialiste à l'élection présidentielle Ségolène Royal, la France, qui présidera l'Union européenne à compter du 1er juillet, doit montrer l'exemple en boycottant les Jeux olympiques. "Il est encore temps de menacer de boycotter les JO, a-t-elle affirmé au Journal du dimanche. Les brassards, les drapeaux, les banderoles, c'est mieux que rien, mais c'est se donner bonne conscience à peu de frais." Le député Vert européen Daniel Cohn-Bendit s'est pour sa part indigné : "Si on se met à genoux à Paris, on fera quoi à Pékin ?"

Jacques Follorou et Christophe Jakubyszyn (avec Harold Thibault)


La torche olympique attise la contestation contre Pékin
LE MONDE | 05.04.08 | 12h04
REUTERS/STRINGER/RUSSIA
Chaque étape de la flamme – à travers 21 villes – de son parcours donne lieu dans la presse chinoise à de longs reportages sur le pays hôte et sur les valeurs olympiques. Les éditoriaux tancent aussi les possibles fauteurs de troubles et les "actes de violence inacceptables".

Chaque kilomètre parcouru par la flamme olympique dans les grandes capitales européennes, depuis son départ du site d'Olympie, le 24 mars, semble renforcer la contestation internationale contre la politique chinoise au Tibet.

A Londres, une demi-douzaine de manifestations étaient prévues, dimanche 6avril, notamment par les associations Free Tibet (Tibet Libre), Free Burma (Birmanie libre) et Reporters sans frontières (RSF). Si les responsables de Scotland Yard ont affirmé, vendredi, qu'ils "agiraient rapidement et fermement" en cas d'action violente contre la flamme, ils ont également ajouté qu'"ils protégeraient le droit des gens à manifester dans le respect de la loi".


La France craint que le passage de la torche dans la capitale s'effectue, lundi, sous haute tension. Plusieurs milliers de policiers et gendarmes doivent être mobilisés le long des 28 km que doivent emprunter les 80 porteurs de la flamme. Un hélicoptère, la brigade fluviale, les Renseignements généraux sont également mobilisés pour éviter ce que les autorités françaises qualifient de "possible incident diplomatique".

Un certain nombre d'organisations, dont RSF, ont appelé "tous les Parisiens à manifester leur attachement aux droits de l'homme". Robert Ménard, secrétaire général de RSF, à l'origine d'un incident lors de l'allumage de la flamme le 24 mars à Olympie, a indiqué, vendredi, qu'"il y aura certainement des choses qui se feront à Paris, et pas dans la bonne entente".


Si le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a refusé, vendredi, la proposition du groupe socialiste de déployer le drapeau tibétain sur le fronton du Palais Bourbon lors du passage de la flamme, le maire de Paris, Bertrand Delanoë a confirmé pour sa part que l'Hôtel de Ville arborera, lundi, une banderole "proclamant la volonté de la capitale française de défendre les droits de l'homme partout dans le monde". Le porte-parole du ministre des affaires étrangères, Jiang Yu, a répliqué, vendredi, qu'un tel déploiement serait une atteinte "à l'esprit olympique".

"Les séparatistes qui visent l'indépendance du Tibet tentent de perturber et de saboter le relais de la torche des JO de Pékin en dehors de Chine en défiance des lois des pays participants", lisait-on, le 5 avril, dans un éditorial de l'agence de presse Xinhua. Après la manifestation de RSF à Athènes, Xinhua avait évoqué "une brève protestation", qu'elle attribue aux employés de RSF présentés comme en service commandé pour le compte de la National Endowment for Democracy, la fondation Soros et un groupe anti-cuba.

La propagande officielle sous-entend que les troubles au Tibet, mais aussi les protestations à l'étranger, sont le fait d'une minorité mal intentionnée, et "manipulée" par la "clique" du dalaï-lama. Le "parti pris" de la presse occidentale contre la Chine est porté à la connaissance de l'opinion publique chinoise : une pétition sur Internet contre la presse occidentale aurait rassemblé plus d'un million de signatures et est largement citée dans la presse.

De même, la Chine a vivement critiqué les déclarations à Washington d'un envoyé du dalaï-lama visant à obtenir des autorités chinoises l'annulation de la partie tibétaine du relais (via le sommet de l'Everest et Lhassa), en juin. "Cette idée de faire passer la torche par le Tibet, je pense vraiment, devrait être annulée précisément parce que cela apparaîtra comme délibérément provocateur, et très insultant, après ce qui s'est passé", a expliqué jeudi devant le Congrès américain, Lodi Gyari.

La porte-parole du comité organisateur chinois des JO de Pékin, Zhu Jing, interrogée par l'Agence France-Presse, a répondu que "le fait que la clique du dalaï-lama en appelle à l'annulation de la torche olympique révèle la nature de ses tentatives de saboter les Jeux olympiques".

Le chef spirituel tibétain en exil a jusqu'alors refusé de critiquer les Jeux olympiques ou d'encourager leur boycott.


Jacques Follorou et Brice Pedroletti (à Shanghaï)


Pékin redoute une contagion des troubles du Tibet au Xinjiang
LE MONDE | 03.04.08 | 14h38 • Mis à jour le 03.04.08 | 14h38
SHANGHAÏ CORRESPONDANT

Un prétendu projet d'attentat par des séparatistes ouïgours contre un avion de ligne début mars, un soulèvement dans les régions tibétaines depuis quinze jours et une manifestation de Ouïgours musulmans au Xinjiang il y a un peu plus d'une semaine : cette conjonction de "menaces" a fait monter d'un cran la rhétorique sécuritaire du gouvernement chinois, sans qu'il soit possible de déterminer ce qui relève des faits, de l'intoxication ou de la fabrication pure et simple.


Du mouvement spirituel Falungong (syncrétisme de bouddhisme et de taoïsme) aux dissidents démocrates chinois, le régime a l'habitude de "charger" généreusement ses ennemis : même le mouvement informel des "avocats aux pieds nus", qui a choisi de combattre l'injustice par les voies légales, a vu nombre de ses membres arrêtés pour "subversion de l'autorité de l'Etat". Dans les villes et les campagnes chinoises, des pétitionnaires mécontents sont envoyés en camp pour "instigation de troubles à l'ordre public". Au Xinjiang musulman, l'accusation de "terroriste" a très bonne presse depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

Au Tibet, elle vient de faire son apparition : "A notre connaissance, le prochain projet des forces pour l'indépendance du Tibet est d'organiser des commandos-suicides pour perpétrer des attentats violents", a expliqué, mardi, en conférence de presse, un porte-parole du ministère de la sécurité publique, Wu Heping.

"Ils affirment ne craindre ni le bain de sang ni le sacrifice", a-t-il ajouté, se basant sur le témoignage de "suspects de première importance" capturés par la police chinoise, agissant sur ordre de la "clique du dalaï-lama". Ces "suspects" auraient "planifié, organisé et participé" aux troubles du 14 mars à Lhassa. Lors d'un raid, le 28 mars, dans le monastère de Kirti, à Aba, dans le Sichuan, où les manifestations ont été les plus violentes après celles de Lhassa, les autorités locales ont annoncé avoir saisi "30 armes à feux, 498 balles, et 4 kg d'explosifs".

La concomitance d'événements - réels ou prétendus - au Xinjiang et au Tibet revêt une signification particulière : ces régions de l'Ouest chinois sont travaillées par un puissant ressentiment à l'encontre de la politique chinoise d'assimilation culturelle et d'encadrement tatillon des activités religieuses. Le raid policier de janvier contre une cellule présentée comme "terroriste" à Urumqi, et la prétendue tentative d'attentat du 7 mars contre un avion de ligne, ont conduit à des contrôles policiers plus resserrés à Kashgar et à Khotan.

Mercredi 2 avril, Radio Free Asia (soutenue par le gouvernement américain), a révélé que deux manifestations avaient eu lieu au centre de Khotan (sud du Xinjiang) et dans une petite ville de la préfecture, pour protester contre les restrictions au port du voile sur le lieu de travail et contre la mort en détention d'un négociant de jade, Mutallip Hajim, 38 ans.

Selon les autorités locales, ce sont les "trois forces du séparatisme, de l'extrémisme et du terrorisme" qui ont provoqué des incidents à Khotan. Un officiel chinois de Khotan cité par la BBC aurait déclaré que "les séparatistes ont appelé la population à suivre l'exemple du Tibet".

Brice Pedroletti
Article paru dans l'édition du 04.04.08.

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Le contestataire Hu Jia condamné à trois ans et demi de prison


Hu Jia, figure emblématique du mouvement chinois pour les droits de l'homme, a été condamné, jeudi 3 avril, à trois ans et demi de prison par la première cour intermédiaire de Pékin. Jugé le 18 mars, il était poursuivi pour "incitation à la subversion de l'autorité de l'Etat".

Ses avocats, Li Jingsong et Li Fangping, avaient soutenu au cours de l'audience que le militant "n'avait jamais incité les gens au renversement du pouvoir, mais luttait juste contre toutes sortes d'injustices et d'abus sociaux".

Agé de 34 ans, Hu Jia a passé la plus grande partie des deux dernières années en résidence surveillée à Pékin, d'où il informait les médias étrangers et diverses organisations non gouvernementales, sur Internet et par téléphone, des persécutions ou des dénis de justice dont sont victimes différents groupes de population, ainsi que les juristes et les avocats qui les défendent.

Ecologiste, bouddhiste, admirateur du dalaï-lama, il s'est particulièrement investi dans la défense des malades du sida et des paysans expropriés. Son portrait et la nature de son combat, ainsi que celui de son épouse, ont été relayés par les médias occidentaux. - (Corresp.)


L'opposant chinois Hu Jia est condamné à 3 ans et 6 mois de prison
LE MONDE | 03.04.08 | 08h14 • Mis à jour le 03.04.08 | 10h35
Correspondance

Hu Jia, le militant des droits de l'homme dont le procès avait eu lieu le 18 mars à Pékin, a été condamné, jeudi 3 avril, à trois ans et six mois de détention, et une année de privation de ses droits politiques pour "incitation à la subversion de l'autorité de l'état".

Ses avocats, Li Jingsong et Li Fangping, avaient plaidé lors du procès pour le respect de la liberté d'expression, et soutenu au cours de l'audience que le jeune militant "n'a jamais incité les gens au renversement du pouvoir, mais luttait juste contre toutes sortes d'injustices et d'abus sociaux", nous avaient-ils expliqué au téléphone.

Hu Jia, âgé de 34 ans, a passé la plus grande partie des deux dernières années en résidence surveillée à Pékin, où il informait les médias étrangers et diverses organisations non gouvernementales, via Internet et le téléphone, des persécutions ou des dénis de justice, dont sont victimes différents groupes de population, ainsi que les juristes et avocats qui les défendent.


Sa femme Zeng Jinyan, qui avait accouché quelques mois avant son arrestation le 27 décembre, était pour sa part en résidence surveillée. Le sort du couple, encore peu connu du grand public chinois, avait suscité un certain émoi dans la communauté des internautes chinois, au-delà du petit groupe de militants des droits de l'homme.


"C'est un cas classique de persécution politique… Pour les autorités chinoises, les Jeux olympiques sont un jeu politique – si vous critiquez des violations au nom des Jeux, alors vous êtes un ennemi de l'état", a déclaré Renée Xia, directrice internationale de l'organisation Chinese Human Rights Defenders.


Brice Pedroletti


Des moines manifestent à Lhassa devant des journalistes étrangers
AFP - jeudi 27 mars 2008

PEKIN (AFP) - Plusieurs dizaines de moines tibétains favorables au dalaï lama ont manifesté jeudi à Lhassa, dans l'un des principaux temples, devant un groupe de journalistes étrangers, lors d'une interview officielle organisée par les autorités, ont indiqué des médias et un témoin.


L'incident s'est produit lorsque le groupe de journalistes, participant à un voyage de presse organisé par les autorités chinoises, se trouvaient au temple du Jokhang, dans la vieille ville historique où ont eu lieu des émeutes le 14 mars.

Les moines ont interrompu l'intervention d'un responsable chinois, qui s'exprimait sur les récentes émeutes, l'accusant d'être un menteur, avant de scander des slogans favorables au dalaï lama, a indiqué un témoin, évoquant "entre 50 et 60 moines".

"Nous voulons la liberté, nous voulons le dalaï lama", ont-ils lancé, selon la même source, perturbant l'opération de communication organisée par les autorités chinoises.

Le groupe de journalistes a ensuite été invité à quitter les lieux par les responsables du voyage.

Des médias présents dans le groupe ont également fait état de l'incident, comme l'agence de presse japonaise Kyodo, qui rapporte quelques slogans d'"une trentaine de jeunes moines": "Le dalaï lama n'a rien à voir", "Nous voulons le dialogue avec le dalaï lama", "Ce que dit le gouvernement, c'est des mensonges".

Selon Kyodo, les moines ont expliqué avoir été empêchés de sortir du temple à partir du 11 mars au lendemain du début de manifestations à l'occasion du 49e anniversaire du soulèvement et de l'exil du dalaï lama, leader spirituel des Tibétains.

Le 14 mars, les manifestations avaient dégénéré en émeutes dans la vieille ville, faisant officiellement 19 morts, 18 civils innocents et un policier.

L'agence officielle Chine Nouvelle, dans son service en anglais, a seulement indiqué que le voyage des journalistes étrangers "avait été interrompu par un groupe de lamas au temple du Jokhang jeudi matin, mais le voyage de presse a repris rapidement".

La Chine organise de mercredi à vendredi un voyage de presse à Lhassa destiné à montrer "la vérité" à la presse étrangère. Il s'agit du premier groupe de journalistes étrangers autorisés à visiter la capitale tibétaine depuis le 14 mars.

L'AFP n'a pas été invitée à y participer. Aucun média français n'est du voyage.

La Chine a accusé le dalaï lama d'avoir organisé ces émeutes et les troubles qui ont suivi dans des régions avoisinantes, où vivent des minorités tibétaines, pour saboter les jeux Olympiques de Pékin.


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La flamme olympique allumée, des opposants à Pékin s'invitent à la cérémonie
Par Par Raphaël HERMANO
AFP, lundi 24 mars

OLYMPIE (AFP) - Comme le craignaient les autorités chinoises, des militants des droits de l'Homme ont réussi à brièvement perturber lundi la cérémonie d'allumage de la flamme des jeux Olympiques de Pékin, malgré l'important dispositif policier mis en place à Olympie.

Trois hommes ont tenté de s'approcher de la tribune pendant le discours du responsable chinois du Comité d'organisation des jeux (Bocog), Qi Liu.

Il s'agissait de membres de l'association Reporters sans frontières (RSF), a rapporté à l'AFP un militant de ce mouvement en Grèce, Thomas Jacobi. Parmi eux figurait le secrétaire général de RSF Robert Ménard.

L'un d'eux a eu le temps de déployer une banderole sur laquelle était inscrit "Boycottez le pays qui piétine les droits de l'Homme". Un autre a crié de derrière la tribune officielle "liberté, liberté".

Ils ont été aussitôt interpellés par des responsables de la sécurité.

Sur les images télévisées retransmises dans le monde par la télévision publique grecque Net, on a pu voir rapidement un court mouvement de foule vers la tribune, avant que les caméras ne passent en plan serré sur Qi Liu.

La télévision chinoise a pour sa part suspendu brièvement la retransmission, sans explication, peu après le début du discours de Qi Liu. A la place ont été diffusées des images d'archives du site d'Olympie et d'une torche olympique.

Peu après la fin de la cérémonie, une dizaine de militants de la cause tibétaine, certains barbouillés de peinture rouge, se sont allongés dans une rue d'Olympie, où ils ont chanté des slogans hostiles au gouvernement chinois, avant d'être rapidement délogés par la police grecque, qui a conduit certains d'entre eux au commissariat.

En marge de cette cérémonie, un défenseur de la cause tibétaine, Tenzin Dorjee, responsable de l'association Etudiants tibétains pour un Tibet libre, basée à New York, a été arrêté par la police grecque alors qu'il s'apprêtait à conduire une "action", ont rapporté des journalistes qui l'accompagnaient.

Quelques milliers de personnes étaient rassemblées lundi pour la cérémonie d'allumage sur le site du sanctuaire antique autrefois dédié à Zeus, un public uniquement composé d'officiels, de journalistes et de personnes munies de tickets, l'accès au site ayant été strictement encadré.

Un temps légèrement découvert a permis à la torche d'être allumée à l'aide d'un miroir parabolique poli recueillant directement les rayons du soleil, comme le veut la tradition.

"La flamme olympique va faire rayonner la lumière et la joie, la paix et la fraternité, l'espoir et les rêves du peuple de Chine et du monde entier", a déclaré en préambule de la cérémonie d'allumage le président du Bocog, Qi Liu, qui n'a pas interrompu son discours lorsque les militants de RSF ont tenté de s'approcher de lui.

La flamme a été ensuite transmise au premier relayeur, le Grec médaillé d'argent de taekwondo au JO de 2004 à Athènes, Alexandros Nikolaidis. A l'issue d'un périple de 137.000 km à travers les cinq continents, elle sera portée dans le stade olympique de Pékin le 8 août, pour l'ouverture des Jeux.

Le site d'Olympie a accueilli les premiers Jeux de l'an 776 avant JC jusqu'au IVe siècle de notre ère. Depuis 1936, il sert aussi à l'allumage de la flamme des JO d'été et d'hiver.

Alors que les appels au boycott se multiplient en raison de l'intensification de la répression chinoise après les émeutes survenues il y a dix jours au Tibet, le président du Comité international olympique (CIO) Jacques Rogge a estimé lundi qu'il n'y avait pas d'"élan" pour un tel boycott.

"Je pense que c'est toujours triste lorsqu'il y a des manifestations, mais elles étaient non-violentes et c'est la chose la plus importante", a déclaré par ailleurs M. Rogge à des journalistes, peu après la cérémonie.

Lundi, un militant chinois qui avait fait diffuser une lettre ouverte sous le slogan "Nous voulons les droits de l'Homme, pas des jeux Olympiques" a été condamné à cinq ans de prison dans son pays.

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Tibet: la Chine accuse le dalaï-lama de vouloir prendre les JO en otage

Par Peter HARMSEN AFP
Lundi 24 mars, 10h14

PEKIN (AFP) - Plus d'une semaine après les violentes émeutes à Lhassa, la Chine a de nouveau accusé dimanche le dalaï-lama de vouloir "prendre en otage les Jeux Olympiques" du mois d'août, tout en promettant à sa "clique" la défaite.


"En 2008, le monde entier attend avec impatience les Jeux Oympiques, mais la clique du dalaï-lama veut prendre en otage les Jeux et forcer le gouvernement chinois à céder sur la question de l'indépendance du Tibet", ont dénoncé le Quotidien du peuple, l'organe du Parti communiste chinois, mais aussi le journal de l'Armée populaire de libération et d'autres journaux.

Le dalaï-lama a rejeté ces accusations de la Chine, les qualifiant de "sans fondement". S'adressant à la presse à New Delhi, où il se trouvait dimanche pour des séances d'enseignement du bouddhisme, le leader spirituel des Tibétains a déclaré: "j'ai toujours soutenu que les Jeux Olympiques devaient avoir lieu en Chine".

Quant au président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, il a estimé dimanche que la Chine "changerait" grâce à l'ouverture que constitue l'organisation des jeux Olympiques, dans un communiqué.

Mardi, le Premier ministre Wen Jiabao avait déjà accusé le chef spirituel du bouddhisme tibétain et sa "clique" d'avoir voulu "saboter" les Jeux Olympiques, qui doivent s'ouvrir à Pékin le 8 août.

Cette nouvelle mise en cause du dalaï-lama intervient alors que la flamme olympique doit être allumée lundi à Olympie (Grèce). Elle doit ensuite passer par Lhassa, capitale du Tibet, avant de rejoindre Pékin, ont assuré cette semaine les autorités chinoises.

"Peu importe que le dalaï-lama et ses partisans se camouflent derrière le prétexte de la paix et de la non-violence, leurs activités de sabotage visant à la séparation sont vouées à l'échec", a averti la presse gouvernementale chinoise. Elle a cité des épisodes de violences qui se seraient produits ces 50 dernières années pour convaincre les lecteurs que le pacifisme du dalaï-lama constituerait "un mensonge du début à la fin".

Les manifestations ont commencé le 10 mars au Tibet à l'occasion de l'anniversaire du soulèvement de 1959 contre le pouvoir chinois (la Chine communiste avait pris le contrôle du Tibet en 1951). Le 14 mars, des émeutes éclataient à Lhassa avant de se propager dans les provinces de l'ouest proches du Tibet (Ginghai, Gansu, Sichuan) à fortes minorités tibétaines.

Environ 130 personnes ont été tuées lors de la répression chinoise, a affirmé lundi à Dharamsala (Inde) le gouvernement tibétain en exil.

Selon le dernier bilan officiel de Pékin, les émeutes ont fait 19 morts, dont 18 civils "innocents", alors que le gouvernement tibétain en exil a fourni un bilan "confirmé" de 99 morts au Tibet et dans les provinces chinoises voisines. Ces informations sont difficilement vérifiables, en raison des restrictions imposées par Pékin aux journalistes pour l'accès au Tibet et aux provinces limitrophes.

Face à une situation très embarrassante pour la Chine à cinq mois des JO d'été, le pape Benoît XVI a appelé dimanche à des "solutions qui sauvegardent le bien et la paix" au Tibet et dans les autres régions en conflit dans le monde.

Chine Nouvelle a assuré dimanche que le calme revenait dans les zones secouées par les troubles. A Lhassa, des employés d'hôtel ont confirmé par téléphone un retour apparent à la normale même si la fréquentation touristique est très faible. "Nous n'avons pratiquement personne", a indiqué un tibétain travaillant pour un hôtel.

A Ngawa, dans le Sichuan (sud-ouest), plus de la moitié des commerces étaient ouverts samedi, selon Xinhua. Le chef local du parti communiste, Kang Qingwei, a annoncé que les écoles rouvriraient lundi, admettant implicitement qu'elles avaient été fermées pendant une semaine.

Au Canada des centaines de personnes brandissant des drapeaux tibétains ont manifesté dimanche à Toronto pour réclamer une pression sur les autorités chinoises.

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Malgré la censure de Pékin, des échos des troubles au Tibet filtrent à l'étranger
LE MONDE | 20.03.08 | 15h01 • Mis à jour le 20.03.08 | 15h01
HONGKONG CORRESPONDANT

Alors que les journalistes étrangers sont interdits d'accès à la Région autonome du Tibet, dont Lhassa est la capitale, il leur est aussi quasiment impossible de faire leur travail dans les provinces voisines (Sichuan, Ganzu, Qinghai, Yunnan) comptant des communautés tibétaines. Les organisations pro-tibétaines à l'étranger continuent, elles, de relayer des témoignages sur les manifestations qui persistent dans diverses zones. Le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie (TCHRD) fait ainsi état d'une manifestation le 19 mars de nomades et de paysans tibétains dans la préfecture autonome de Kanlho, dans le Ganzu. Les manifestants auraient décroché le drapeau chinois de l'école primaire du village et hissé à la place le drapeau tibétain, avant que les forces de sécurité ne rétablissent l'ordre.


La veille, Steven Chao, un Sino-Canadien, envoyé spécial de la chaîne canadienne CTV, filmait une manifestation de Tibétains à cheval, poussant des cris de victoire, à une vingtaine de kilomètres au sud de Hezuo, dans le Ganzu. Diffusées dans le monde entier, ces images, où l'on voit également les manifestants brandir un drapeau tibétain, sont parvenues au monde extérieur juste au moment où Pékin prétendait que la situation au Tibet était sous contrôle. Le TCHRD rapporte une autre manifestation, mardi 18 mars, dans la préfecture autonome de Ngaba, dans un village du comté de Hongyuan, dans le Sichuan.

C'est dans cette même préfecture de Ngaba qu'un rassemblement de plusieurs milliers de moines avait été réprimé dans le sang, dimanche 16 mars. Les sites Internet de groupes tibétains à l'étranger ont diffusé huit photos de victimes tuées par balles. Les corps ensanglantés entreposés au monastère Ngaba Kirti sont placés sur des sacs en plastique, le visage tuméfié pour certains. Des gros plans montrent l'impact des balles. Les témoignages rassemblés par le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie affirment que 15 corps ont été transportés au monastère depuis le 16 mars. Ce sont les premières photos de victimes tibétaines qui filtrent. Jusque-là, plusieurs vidéos et photos attestaient de violences ethniques commises par des Tibétains contre des Chinois han à Lhassa le 14 mars.

Les autorités chinoises continuent d'affirmer que les forces de l'ordre ont "respecté les lois" et "n'ont pas fait usage de force létale". Rhétorique à laquelle les autorités locales ont systématiquement recours lors de troubles en Chine. Souvent il n'en est rien..

Lors du massacre de Tiananmen en 1989, de la sanglante répression de Gulja, au Xinjiang (région de l'extrême Ouest à majorité musulmane) en 1997 ou même, plus récemment, des émeutes de Dongzhou en 2006 dans le Guangdong (Sud), où les forces paramilitaires ont tiré sur des paysans chinois, les témoignages qui parviennent à filtrer dépeignent une situation de terreur. Une situation dans laquelle les corps des victimes ne sont jamais rendus, où les familles sont intimidées et quelquefois dédommagées, pour acheter leur silence.

Si le régime de Pékin est parvenu sans difficulté à convaincre une population chinoise nationaliste ou indifférente, que la paternité des troubles revient au "dalaï-lama et à sa clique", les médias officiels font tout pour minimiser l'ampleur de la crise. Et surtout ce qu'elle révèle de dysfonctionnement dans la "société harmonieuse" voulue par Hu Jintao, numéro un chinois.

Sur le blog Asia Sentinel, à Hongkong, le spécialiste de la Chine, Willy Lam, juge que les événements sont un coup dur pour le président chinois et sa "faction tibétaine" - M. Hu s'étant entouré d'un certain nombre de protégés ayant fait leurs armes au Tibet sous son mandat de premier secrétaire du parti de la Région autonome de 1988 à 1992. Cette équipe, qui a maté les émeutes de 1989 à Lhassa, est pourtant censée être la plus expérimentée sur la région. Hu Jintao, qui a ordonné l'envoi de troupes supplémentaires au Tibet et au Xinjiang en 2007 dans la perspective des Jeux olympiques, "ne peut échapper à la responsabilité d'avoir échoué dans ce que le jargon du Parti communiste appelle "tuer dans l'oeuf les forces d'instabilité"", écrit l'essayiste.

Brice Pedroletti
Article paru dans l'édition du 21.03.08.

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Gordon Brown rencontrera le dalaï-lama

Le premier ministre britannique, Gordon Brown, s'est dit prêt, mercredi 19 mars, à rencontrer le dalaï-lama au cours de sa prochaine visite à Londres en mai. Une annonce qualifiée de "profondément préoccupante" par Pékin. Cette position de M. Brown illustre une évolution de l'attitude britannique puisque son prédécesseur Tony Blair avait refusé de rencontrer le chef spirituel tibétain, lors de sa précédente visite à Londres en 2004. Le prince Charles, héritier du trône d'Angleterre, qui avait déjà annoncé qu'il boycotterait la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin, a également fait part de son intention de rencontrer le dalaï-lama.

A Paris, la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, Rama Yade, a demandé à Pékin, mercredi sur Arte, de "respecter l'identité culturelle et religieuse des Tibétains" et de "tendre la main au dalaï-lama". En cas de refus de Pékin, a-t-elle précisé, la communauté internationale "en tirera les conséquences". - (AFP.)


Tibet: le monde du sport dit non à un boycott des JO
AFP - Lundi 17 mars, 23h27
PARIS (AFP) - Le monde du sport a pris clairement position: pas de boycott des jeux Olympiques de Pékin 2008, après les événements du Tibet, parce que "ça ne sert à rien" et que cela "ne punirait que les athlètes".

Pour Patrick Hickey, président du comité olympique européen, une telle mesure ne punirait que les athlètes, et pour le secrétaire d'Etat français aux Sports, Bernard Laporte, "boycotter ne sert à rien. Si demain, on me dit que ne pas faire les jeux Olympiques, cela va ouvrir la Chine, redonner les droits de l'Homme, régler tous les problèmes, c'est de l'utopie, du rêve".

M. Laporte lors d'un déplacement à Avion (Pas-de-Calais) lundi a également jugé "hors de question qu'il y ait des signes symboliques" de l'équipe de France lors du défilé de la cérémonie d'ouverture des JO.

"Les jeux de Moscou ont été boycottés, cela n'a pas fait tomber le mur de Berlin", a affirmé M. Laporte.

Pour Patrick Hickey, qui parlait à l'issue d'une réunion des ministres du Sport de l'Union européenne en Slovénie, "les boycotts n'ont jamais marché" et "les seules personnes qui sont punies par les boycotts sont les athlètes".

Le commissaire européen aux Sports Jan Figel a de son côté indiqué que plusieurs ministres européens des Sports avaient évoqué la situation au Tibet mais que "personne autour de la table n'a soutenu l'idée que le boycott était la bonne réponse".

D'anciens sportifs allemands, qui avaient, avec l'Allemagne de l'ouest, refusé de participer aux jeux Olympiques de Moscou en 1980, ont aussi affirmé qu'un boycott ne servait à rien.

"Je suis une victime du boycott olympique de 1980 (décidé après l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS-ndlr). A l'époque, on a vu déjà que cela ne servait à rien", a ainsi affirmé Ulrike Nasse-Meyfarth, double championne olympique allemande de saut en hauteur (1972 et 1984).

"Je peux comprendre qu'il y ait des discussions, mais il faut conseiller aux jeunes athlètes de participer", a-t-elle assuré. "Ils n'ont pas besoin d'avoir mauvaise conscience."

L'ancien double médaillé olympique et ex-président du Comité olympique allemand, Klaus Steinbach, a également souligné qu'un boycott serait "hypocrite si en même temps on maintient les mêmes relations politiques, économiques et culturelles" avec la Chine.

Le directeur général du Comité olympique britannique (BOA), Simon Clegg, a réitéré lundi son soutien en faveur de la tenue des jeux Olympiques à Pékin (8-24 août). Pour Clegg, il y a "de plus en plus de preuves, selon lesquelles un changement positif serait en train de s'opérer en Chine" et qu'en attribuant l'organisation des Jeux à Pékin, le Comité international olympique (CIO) avait "ouvert une porte" qui, autrement, serait restée close.

Le Comité olympique australien s'est également montré opposé à un boycott des JO. Selon son président, John Coates, l'Australie partage la position du CIO, qui estime que le boycott d'un tel évènement ne porterait préjudice qu'aux athlètes.

"Bien sûr que nous participerons aux Jeux, a assuré lundi soir le président du Comité olympique autrichien Leo Wallner. Pour nous, la politique n'a rien à voir avec ça, même si je regrette qu'on ne s'occupe pas mieux là-bas (en Chine) des Droits de l'homme".

"Nous respectons le fait que des organisations comme Amnesty International ou Greenpeace nous demandent de prendre position, mais nous ne sommes pas des militants", avait pour sa part déclaré vendredi soir Jacques Rogge, le président du Comité international olympique (CIO), maître d'oeuvre des Jeux, et l'unique responsable du choix de Pékin pour l'organisation de l'épreuve.

"Nous sommes une organisation sportive et notre devoir est d'organiser les meilleurs Jeux possibles", avait-il ajouté.

Tout en refusant la solution du boycott, le Comité olympique suisse (COS) a aussi exhorté lundi le CIO à faire une déclaration officielle sur les violences au Tibet. Son président Joerg Schild, va adresser une lettre en ce sens au président du CIO. "Nous ne pouvons pas nous contenter d'observer et de ne rien dire", a indiqué à l'AFP la porte-parole du COS, Claudia Imhasly.

Dans un communiqué lundi soir, le CIO a souhaité que la flamme olympique passe comme prévu au Tibet deux mois avant les Jeux, appelant "de ses voeux une solution pacifique aux tensions des derniers jours au Tibet".

Les violences à Lhassa ont fait 13 morts selon les autorités et des centaines selon le Parlement tibétain en exil.

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Au Tibet, des moines ont défié le régime chinois au coeur de Lhassa
LE MONDE | 13.03.08 | 14h31
PÉKIN CORRESPONDANT

Les manifestations de centaines de moines de grands monastères de Lhassa dans les rues de la capitale tibétaine, lundi 10 et mardi 11 mars, représentent un sérieux motif d'inquiétude pour le régime chinois. Pékin redoute en effet par-dessus tout que la période pré-olympique ne fournisse le prétexte à ses adversaires d'attirer l'attention sur le manque de respect des droits de l'homme en République populaire.


Les incidents de ces derniers jours sont sans précédent depuis 1989, année où fut décrétée la loi martiale dans Lhassa, la capitale de la "Région autonome du Tibet", après plusieurs jours de violentes manifestations. Lundi, de 300 à 400 moines du grand monastère de Drepung, situé à moins d'une dizaine de kilomètres du centre-ville, ont défilé dans les rues pour finir par s'asseoir en un groupe compact dans une artère de la ville.

Mardi, après l'arrestation de certains d'entre eux, plus d'un demi-millier de moines ont de nouveau organisé une manifestation, demandant la libération de leurs "frères" appréhendés la veille. Cette deuxième journée a &ea