Pas de poursuites contre le pilote responsable d'une mort dans le Dakar
LE MONDE.FR | 06.01.10 | 10h48 • Mis à jour le 06.01.10 | 11h18

La justice argentine a décidé de classer l'affaire et de ne pas engager de poursuites contre le pilote allemand Mirco Schultis, impliqué dans l'accident qui a causé la mort d'une spectatrice, samedi, lors de la première étape du Dakar 2010. "Une course implique un certain type de conduite, avec les risques que cela comporte, et la spectatrice [tuée] se trouvait dans une zone non autorisée, où toute personne pouvait raisonnablement imaginer ce qui pouvait arriver", a expliqué le procureur de Rio Cuarto, Walter Guzman, à la presse.

Un responsable de la police avait expliqué, samedi, les circonstances du drame : "Trois concurrents sont arrivés dans un virage. Deux d'entre eux ont essayé de le négocier. Mais le nuage de poussière [dû à leur passage] a empêché [le troisième] de bien voir. Et il est sorti trop large." Dans cet accident, outre la spectatrice de 28 ans qui a été tuée, quatre personnes ont été blessées. Schultis a aussitôt abandonné la course.

La réputation du Dakar, déjà largement écornée, notamment après la mort d'un concurrent en 2009, se trouve davantage ternie. "La fatalité est là", plaide Etienne Lavigne, le directeur du Dakar.

© Le Monde.fr

AFP, le 03/01/2010
Le Dakar 2010 endeuillé dès la 1ère étape par le décès d'une spectatrice

La première étape du Dakar-2010 a été endeuillée samedi par la sortie de route d'un 4x4 qui a percuté des spectateurs, tuant une femme de 28 ans et faisant quatre blessés.

La victime, Sonia Natalia Gallardo, est décédée samedi après-midi à l'hôpital de Cordoba.

"Elle souffrait de graves traumatismes crâniens, mais aussi à l'abdomen et au pelvis. Elle a subi deux arrêts cardiaques lors du transfert. Malgré les soins prodigués à son arrivée à l'hôpital, elle est décédée peu après", avait annoncé Norberto Brusa, médecin aux urgences de l'hôpital de Cordoba.

Deux autres blessés ont été transférés en même temps que Mme Gallardo en hélicoptère depuis la province de Rio Cuarto, à 800 km de Buenos Aires. Le premier, "un jeune de 24 ans, présente des fractures graves du tibia et du péroné et son pronostic est réservé", a déclaré le Dr Brusa à la télévision TN.

Le second, un enfant de 9 ans, a été transféré dans un hôpital pour enfants et se trouve "dans un état stable", a-t-il ajouté. Deux autres personnes ont subi des "blessures mineures" dans l'accident, selon le médecin.

"Trois concurrents sont arrivés dans un virage. Deux d'entre eux ont essayé de le négocier. Mais le nuage de poussière [dû à leur passage, NDLR] a empêché le protagoniste (de l'accident) de bien voir. Et il est sorti trop large", a raconté Julio Cesar Berrocal, responsable du dispositif police dans la province de Cordoba.

L'équipage germano-suisse du 4X4 numéro 418, Mirco Schultis et Ulrich Leardi, a alors heurté un groupe de spectateurs "installé dans un secteur non autorisé, dans un champ privé", que "du personnel de police essayait de faire sortir", a ajouté M. Berrocal.

Le pilote est "actuellement entendu. Ils n'a pas été mis en accusation. Dans peu de temps, nous aurons les éclaircissements de la police judiciaire", a annoncé Julio Cesar Berrocal.

Quelque 1600 personnels des forces de l'ordre étaient mobilisés sur la spéciale du jour, alors que "plusieurs milliers de spots" préventifs ont été diffusés "depuis plusieurs semaines", a indiqué Etienne Lavigne, le directeur du Dakar, mentionnant un "dispositif sans précédent".

"Il y a des courses dans tous les pays du monde qui se déroulent bien. Malheureusement, la fatalité est là et c'est un triste accident. On ne peut que le regretter", a-t-il estimé, rappelant que les pistes empruntées samedi accueillaient le rallye d'Argentine, où aucun drame n'a été recensé ces dernières années.

L'accident tombe mal pour ASO (Amaury Sport organisation, le propriétaire du rallye-raid), vivement critiquée après le décès d'un concurrent en 2009, et qui devait faire du Dakar-2010 celui de son rachat en terme de sécurité.

L'an dernier, lors de la première édition latino-américaine de ce rallye, trois personnes avaient perdu la vie: un motard concurrent, Pascal Terry, 49 ans, retrouvé mort trois jours après sa disparition lors de la 2e étape du rallye en Argentine, et deux personnes lors d'un accident de la circulation impliquant un camion de soutien logistique au Chili.


LE SIFFLET ENROUE, N° 26
Paraissant au bon vouloir de son auteur,
présentement, le mardi 6 janvier 2009


Quand le tout dernier sifflet enroué a été publié, cela faisait belle lurette que le pilote de moto Pascal Terry était mal en point puisque depuis le dimanche 4 janvier, il avait quitté la course ; initialement pour une panne d’essence. Il a été retrouvé mort dans la nuit du mercredi 7 janvier suite à un œdème pulmonaire. Il faut dire qu’en Argentine, c’est l’été et que la chaleur peut être intense. Si l’on rajoute à cela le stress de la compétition qui oblige à rouler le plus vite possible… Le pire est sans doute qu’ASO (Amaury Sport Organisation), n’a fait part de la disparition de ce pilote qu’à partir du moment où il n’était plus possible de faire autrement : quand elle avait un cadavre sur les bras. Si l’on rajoute à cela l’extrême discrétion et la désinformation sur les deux motards britanniques (Green et Harrison) qui ont été plongés dans le coma artificiel suite à leur chute, la réalité est accablante pour cette course à l’absurde. La rétention d'information concernant ces accidentés et ce disparu (avant qu'il trouve la mort), est peu ou prou la pratique ordinaire de toute institution. Seulement l’institution sportive mérite d’être comparée à l'Armée pour l’intensité de l’opacité qui y règne. L’institution sportive mériterait bien, elle aussi, d’être appelée « la grande muette ».

Vendredi 9 janvier, ce sont deux morts supplémentaires qui étaient à recenser. Un gros camion de l’organisation, assurant la fourniture en pneumatique pour les concurrents, a percuté une voiture avec ses deux pauvres passagers dont on aura peine à connaître les noms. Mardi 13 janvier c'est un autre motard ( Cristobal Guerrero) qui, suite à une chute, se trouve entre la vie et la mort. Dans ce cas, il n'est pas étonnant que des coureurs préfèrent abandonner plutôt que de risquer leur vie. Enfin, samedi 17 c'est de nouveau un spectateur qui fait les frais d'un bolide : gravement blessé, son nom ne sera probablement pas mentionné alors qu'on connait celui du pilote...

Le discours apaisant sur la maîtrise technique des risques dans la pratique sportive, tenu aussi bien par les sportifs et les entraîneurs que par les médecins ou les bureaucrates de fédération, manifeste une fois de plus son caractère idéologique. En pareil cas, les mécanismes de défense s’emploient à banaliser le caractère morbide de cette compétition : the show must go on ! ; le plus important étant de continuer à admirer les paysages et de légitimer la beauté du Dakar. Ainsi une longue chaîne macabre existe depuis 1979 : 19 coureurs, 22 spectateurs dont 10 enfants, et 13 personnes de l’organisation. ASO a beau jeu d’interdire une « comptabilité macabre ». La honte ne réside pas dans cette opération mais bien dans ce qui la rend nécessaire : la compétition sportive qui propulse ses bolides ravageurs de vie.

La mise à jour de ce Sifflet enroué (dimanche 18 janvier), complète le précédent contenu devenu incomplet.

Le Dakar a du plomb dans l’aile : il faut maintenant l’enfoncer encore plus et le laisser mourir de sa belle mort !


Dakar : ça commence bien !

La sécurité du « Dakar » est paraît-il désormais assurée. L’année dernière, en raison de l’assassinat de quatre touristes perpétré par des islamistes (tendance Al-Qaïda), l’État français a mis fin à l’épreuve. Ce n’était que provisoire puisqu’en février 2008 l’entreprise ASO qui organise ce type d’« événement » sportif, annonçait qu’il était déplacé dans une autre région du monde : en Argentine et au Chili. On l’aura compris, la sécurité qui prime selon ASO n’est que celle du dispositif : le matériel technique avant tout (engins motorisés et aériens, appareils de retransmission télévisuelle).

« Le Dakar a fait ses deux premiers blessés parmi les spectateurs, venus en masse (sic) suivre le célèbre rallye-raid. Vendredi [le 2 janvier 2009], c’est une femme qui a été renversée par un équipage argentin lors de la parade des concurrents à Buenos Aires. Hier [samedi] c’est un petit garçon de 8 ans qui a eu une jambe cassée et une blessure à la tête après avoir été fauché par un camion Mitsubishi, sorti de la route à Saladillo. Tous les deux ont été hospitalisés pour des blessures légères » (Le Journal du Dimanche, 4 janvier 2009, p. 25). Doit-on juger qu’une jambe cassée est une blessure légère ? Que la percussion des corps par des bolides n’est que le fruit du hasard quand on sait que depuis 1979, le Dakar a fait 50 morts ?

Les concurrents payent eux-mêmes un prix élevé pour leur passion puisque deux accidents ont déjà eu lieu pour cette édition 2009 : un coma après une chute et une évacuation par hélicoptère. En ce qui concerne la morbidité et les traumatismes physiques, la continuité est désormais assurée. Mais le mépris et l’arrogance ne sont pas non plus en reste. Et ce d’autant plus que le Dakar risque de s’installer tous les ans dans cette région du monde. Comme en Afrique, l’Amérique du Sud est prise pour un terrain de « jeu » pour riches : il s’agit d’un raid néo-colonialiste qui saccage le paysage et pollue la nature (la faune et la flore). Le mépris s’affiche aussi envers les peuples indiens des contreforts andins qui sont en lutte pour la survie de leurs communautés traditionnelles. Ils entretiennent un rapport sacré à leurs terres : cette caravane de la mort qui passe par le nord de l’Argentine puis par le désert de l’Atacama au Chili ne peut qu’être une offense à leurs égards.

Et le Dakar est toujours une débauche de moyens (humains, financiers, techno-scientifiques) pour une course absurde. Cette profusion doit être mise en rapport avec les conséquences sociales de l’application du « consensus de washington » c’est-à-dire cet accord qui fut adopté en 1990 entre le gouvernement américain, le FMI (Fond Monétaire International) et la banque mondiale. Accord qui définissait le modèle d’Etat et de politique économique applicable à l’Amérique du sud. C’est carlos Menem qui se chargea de cette application pour ce qui concerne l’Argentine. Alors que de ce fait, des enfants du nord meurent parfois de malnutrition, révélant une carence du système de santé et d’éducation, l’opulence ostentatoire de cette course est une véritable provocation. La délocalisation du Dakar ne change pas la nature de cette compétition sportive : peut importe le lieu pourvu que le rêve d’aventure soit au rendez-vous. Mais cette fantaisie dont la publicité envahit les écrans chaque début d’année, n’est que factice : reproduite industriellement, elle n’est là que pour sublimer de manière répressive les frustrations quotidiennes. Il ne s’agit que d’images d’aventures et de paysages de rêve. L’adhésion à ces images et à leurs croyances doit être une évidence selon les organisateurs : quand est-ce que cette autre provocation connaîtra son point-limite ? A ce propos, on se souviendra qu’il y a maintenant sept ans, le 20 décembre 2001, le peuple argentin retrouva sa dignité en s’insurgeant contre l’injustice qui lui était faite…

La trentième édition du Dakar démontre l’érection d’un bloc capitaliste par delà la frontière du Chili et de l’Argentine. Un bloc qui préfigure les futures voies du flux intensif de marchandises dans cette région. Le désert de l’Atacama n’a pas encore recelé tout son potentiel marchand avec ses mines de cuivre. De même l’axe Valparaiso-Mendoza qui donne accès à l’océan pacifique reste encore à exploiter pour faire de cette région du cône de l’Amérique du sud un pôle capitaliste. Ainsi la fonction de l’institution sportive dans l’horizon néo-moderne est de constituer une avant-garde du capital : elle n’est pas seulement un produit passif de la mondialisation néo-libérale. Dans le même temps, et face aux résistances à la destruction des acquis sociaux ou des communautés traditionnelles qui ne manquent pas de se manifester ici ou là, le sport fait corps avec les nouvelles formes de domination. Le Dakar est en phase avec les nouvelles réalités de la société néo-moderne du XXIème siècle. Il véhicule le message de la prédation et c’est pour cela qu’il reste une saloperie motorisée.

Que se vayan todos !


Voilà ce que disent les Mapuches (peuple de la terre) à propos du Dakar par l'intermédiaire de leur « Conseil Assesseur Indigène » :

« Le Rallye Dakar viole les droits du Peuple Mapuche »

« irruption violente et non consultée du Rallye Dakar en Wallmapu – territoire ancestral mapuche qui comprend une partie des Etats nationaux actuels du Chili et de l’Argentine – est une triste preuve de la violation systématique de nos droits en tant que peuples originaires d’Amérique. Les capitaux privés et les gouvernements nationaux et provinciaux se sont mis d’accord l’année dernière pour une traversée prédatrice de notre espace territorial, violentant notre relation ancestrale avec le Wallmapu pour alimenter l’une des formes les plus frivoles du marché du tourisme de consommation international : « l’aventure » dans « les étendus déserts sauvages » de cette partie du monde connue et commercialisée sous le nom de Patagonie.Les conversations officielles entre les entreprises privées et le Ministère du Tourisme commencèrent au moins en juillet 2007, selon les informations du gouvernement. Au même moment, ils auraient du mettre en place les mécanismes de consultation préalable, libre et informée des peuples indigènes affectés par le projet tel que l’établit la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail sur les Peuples Indigènes et Tribaux signée par l’Etat argentin.
Tout le tronçon sud de la traversée du Dakar 2009 se fera en territoire ancestral Mapuche. Et à l’heure de l’arrivée de cette invasion « touristique » aucun de nos peñi (frères), de nos lamngen (sœurs), de nos lof (communautés traditionnelles), de nos organisations a été ni même informé, ni consulté, ce qui constitue une claire violation e la Convention 169, la carte des droits indigènes de l’ONU, l’article 75 de la Constitution Nationale et de la loi intégrale de l’Indigène N°2287, ainsi que de nombreuses législations de protection de l’environnement et du patrimoine génétique, anthropologique et paléontologique. On constate que rien a été fait dans la Province du Rio Negro, et ni dans les provinces voisines qui constituent le Wallmapu et où il existe des populations mapuche organisée socialement et politiquement (…) ».


Mercredi 14 Janvier 2009
Le Dakar à nouveau tourmenté
Par Yannick SAGORIN

Déjà endeuillé par la perte du motard français Pascal Terry la semaine passée et troublé par l'accident du tandem Green-Harrison en début de course, le Dakar 2009 a déploré mardi un nouveau drame. Victime d'une lourde chute au kilomètre 160 de la dixième étape, le pilote espagnol Cristobal Guerrero, 48 ans, a été admis dans un état grave à l'hôpital de Copiapo.

Fallait-il y voir un signe ? Ce matin, à l'heure du départ de la 10ème étape du Dakar 2009, un épais brouillard avait envahi le bivouac, clouant au sol les hélicoptères, ceux de l'organisation comme ceux des équipes médicales. Un caprice de la météo qui n'avait fait que différer le retour aux affaires des pilotes, alors que la direction de course, déjà, avait procédé à une modification du parcours, en tronquant la boucle Copiapo-Copiapo, la plus longue spéciale de ce premier Dakar sud-américain (666 km initialement), de 200 bons kilomètres. La faute à une faible portance du sable constatée par les ouvreurs dans le dernier tronçon de l'étape.

Des précautions qui n'ont hélas pas épargné au rallye un nouvel accident grave. Alors qu'il s'apprête à effacer son 160e kilomètre de la journée dans les monts sablonneux du désert d'Atacama, le motard espagnol Cristobal Guerrero chute lourdement et perd connaissance. A son arrivée sur les lieux de l'incident, la première équipe de secours, alertée par l'iritrack de la KTM 525 du team catalan Epsilon, ne peut que constater l'état grave du pilote amateur, plongé dans un coma profond.

"Un pronostic vital très engagé"
Cristobal Guerrero est alors immédiatement évacué sur l'hôpital chilien de Copiapo. Là-bas, le premier scanner subi par le motard andalou révèle qu'il souffre d'un oedème cérébral. "Les examens pratiqués ont conduit les médecins à constater que le pronostic vital était très engagé", précise ce soir un communiqué de l'organisation. Père de quatre enfants, dont deux champions d'enduro, Cristobal Guerrero, 48 ans, a pris le départ de son tout premier Dakar le 3 janvier dernier à Buenos Aires.

Aujourd'hui entre la vie et la mort, il incarne déjà la quatrième victime de ce Dakar 2009 parmi les concurrents. Dès la première étape, les deux automobilistes britanniques Paul Green et Matthew Harrison avaient été plongés dans un coma artificiel six jours durant après un accident en spéciale. Le lendemain, le motard français Pascal Terry avait disparu, retrouvé sans vie près de trois jours après le déclenchement de sa balise de détresse. Hors course, un accident de la route impliquant un camion de l'organisation a par ailleurs fait deux morts le week-end dernier.

2008 © Le Journal du Dimanche


Dakar 2009
Un spectateur heurté par un concurrent
17.01.2009, 17h56

Un spectateur se trouve dans un « état grave » après avoir été heurté par un concurrent lors de la 14e et dernière étape du Dakar-2009, a annoncé l'organisation du rallye, samedi à Buenos Aires.

« Au cours de la spéciale de la 14e étape, reliant Cordoba à Buenos Aires, un accident impliquant le concurrent n° 324 (le Français Eric Vigouroux) et un spectateur s'est produit à 7 km de l'arrivée. Agé de 29 ans, le spectateur souffre d'un traumatisme cranien », explique un communiqué des organisateurs qui ajoute que son état a été jugé comme « grave ».

Transféré à l'hôpital de Rosario, l'homme doit passer des examens complémentaires pour juger de la gravité de la blessure.

Il s'agit du premier accident grave impliquant des spectateurs depuis le début de l'épreuve, partie le 3 janvier de Buenos Aires.

En début de course, un enfant avait été victime d'une fracture du fémur. [il faut donc considérer que ce n'est pas un accident grave. Ne parlons même pas de la femme qui a été renversée juste avant le début de l'épreuve lors de la « parade », NDLR]

Leparisien.fr avec AFP
© Le Parisien, 2007


Des motards du Dakar renoncent, pour "ne pas mourir"
LE MONDE | 12.01.09 | 15h12 • Mis à jour le 12.01.09 | 15h12
LA SERENA (CHILI) ENVOYÉ SPÉCIAL

Le pilote de moto Dominique Marcant n'a pas eu besoin de la journée de repos accordée aux concurrents du Dakar, samedi 10 janvier, à l'issue de la 7e journée de course. Il avait de toute façon décidé d'abandonner, après la 4e étape, pourtant en aussi bonne forme que sa moto. Que les Espagnols Carlos Sainz (Volkswagen), en voiture, et Marc Coma (KTM), en moto, soient les mieux placés pour l'emporter n'est plus son affaire.

"Je ne voulais pas mourir ici", explique Dominique Marcant, qui faisait partie de la même équipe que Pascal Terry, mort le 4 janvier dans des conditions pas encore clarifiées. L'organisation des secours est mise en cause. "Je suis revenu chez moi parce que j'ai vu trop de motards percutés par des voitures et je me sentais en danger, raconte Dominique Marcant. Il y a des pistes très étroites où on est à la merci de voitures, qui vont très vite. J'ai dit à ASO (Amaury Sport Organisation, organisateur de l'épreuve) que j'étais dégoûté, mais visiblement ce n'était pas un problème pour eux. Ce sont pourtant des gens sérieux. Comme beaucoup, je suis venu chercher du rêve et de la solidarité et je n'ai trouvé qu'une ambiance pourrie."

Ce propriétaire d'un magasin de motos à Hazebrouck (Nord-Pas-de-Calais), qui a plusieurs Paris-Dakar à son actif et était 67e avant son abandon, assure qu'il n'est pas le seul à penser cela. Il cite d'autres motards, rencontrés notamment dans l'avion de retour, victimes de voitures ou même de camions.

Franck Libbrecht, trois Dakar dans les bottes, a lui aussi abandonné, mais reste sur la course, pour assister ses compagnons d'équipe. Arrêté sur le bord de la piste lors de la 4e journée, il a vu la Volkswagen de Carlos Sainz rouler sur la roue de sa moto. Il a tout de même fini l'étape, mais s'est arrêté là. "J'ai pris peur et je veux revenir entier à la maison", explique-t-il. Chez Volkswagen, on considère que ce sont "les conditions de course" et qu'il est difficile d'établir les responsabilités dans ce genre de cas.

Franck Libbrecht explique en outre qu'il n'était pas au courant de l'abandon d'autres motards pour les mêmes raisons que les siennes. "ASO a toujours été très discret sur ces sujets", constate-t-il.

"COMME DES CONS"
Pour Eric Lavigne, directeur de la course, il n'y a pas de problème. "Les coureurs nous font confiance, ils savent que le Dakar est la course la plus sécurisée au monde, estime-t-il. Les pilotes qui viennent connaissent parfaitement les conditions."

Selon Patrick Arnoult, un autre pilote, classé 64e dimanche, la coexistence des "poireaux" et des professionnels fait la force du Dakar, bien que cela crée des "problèmes récurrents" : "Avec tous les enjeux économiques, les pros sont prêts à tout. On devrait leur mettre des amendes et des pénalités en temps et ils devraient payer les dégâts qu'ils causent. Mais l'organisation reste neutre, c'est aux pilotes de se débrouiller. Moi, je sais que je prends des risques mais je continue, c'est le côté magique du Dakar : on y retourne à chaque fois comme des cons, sans penser à nos familles."

Ainsi va le Dakar, qui a reçu samedi la visite de Michelle Bachelet, présidente du Chili, à la tête d'une importante délégation enthousiaste. D'autres Chiliens ne montraient cependant pas le même entrain, tels ces militants écologistes qui ont manifesté contre la tenue du rallye, sous les sifflets du public.

Jean-Louis Aragon
Article paru dans l'édition du 13.01.09.