ON NE CIVILISERA JAMAIS LES YETIS !


Frédéric BAILLETTE
Quel Corps ?

Les commanditaires de cet ouvrage attendaient de nous une sorte de généalogie de la critique du sport, ils demandaient d'en repérer les prémisses, d'en identifier les ancêtres (les précurseurs) et d'en saisir les filiations. Comme si ceux qui aujourd'hui dénoncent les méfaits et exactions de l'institution sportive étaient les mieux placés pour faire l'archéologie des différentes « critiques » qui ont jalonné l'histoire du sport. On ne pouvait interpréter cette demande d'exhumation de cadavres autrement que comme une manière déguisée de dire (ou pire de faire dire) que depuis fort longtemps (bien avant la théorie marxiste critique du sport), les méfaits impérialistes du sport avaient déclenché de très vives réactions et suscité de violentes dénonciations. Finalement « les Brohm » n'auraient rien inventé, ils ne serviraient que du réchauffé. Ainsi pour Jean-François Brisson (rédacteur de l'hebdomadaire Sports Magazine) « Hébert l'avait déjà dit »! Cherchant à désactiver l'aspect révolutionnaire des « récentes critiques publiées par un professeur d'éducation physique gauchiste, Jean-Marie Brohm », il rappelait en 1976 « au révolutionnaire de service que son réquisitoire avait déjà été prononcé en 1924 par Georges Hébert dans un pamphlet intitulé : “Le sport contre l'éducation physique” »[1]. Opérer de tels amalgames c'est chercher à déprécier la dimension historique des thèses critiques radicales qui furent développées dans les années 65-75 (dans la revue Partisans et dans le Chrono Enrayé)[2] et qui furent clairement énoncées dans le premier numéro, de la revue Quel Corps ?, au printemps 1975 [3], Hébert s'élevait en fait plus contre les « formes extrêmes » et contre la forme sportive poussée qu'il qualifiait de « déviée ou de dévoyée, exclusive ou funambulesque ». Pour lui le sport n'était pas mauvais par essence, il le considérait comme « éducateur, en bien ou en mal, suivant la façon dont il est conçu et pratiqué »[4]. Ses « critiques » n'étaient en fait que des mises en garde contre les prétendus « excès » du sport, contre ses « déviations », ses dérapages et autres bavures. Elles dénonçaient une mauvaise utilisation du sport et accusaient seulement ses « dysfonctionnements » . Maurice BAQUET, lui aussi, soulignera encore les « dangers physiques et moraux » du sport et s'inquiétera de « certaines formes de malhonnêteté, de déloyauté (ou de) gangstérisme »[5].

Il est donc faux de penser que « les partisans du courant sportif ne voyaient [...] que les “ bons” côtés du sport » et tout aussi incorrect, car caricatural et totalement réducteur, de dire que « Jean-Marie Brohm n'en voyait (lui) que les “ mauvais” »[6]. C'est ce manichéisme primaire que l'on a trop souvent voulu nous faire endosser, sans prendre la précaution minimum de préciser les raisons de ce choix méthodologique. Si ce sont, entre autres, les « bavures », les « ratés », les « regrettables excès », les accidents, les composantes réactionnaires des discours sur le sport (et donc effectivement la face peu reluisante de la compétition sportive et de l'olympisme) qui retiennent l'attention de l'école critique, c'est pour mettre notamment à jour les contradictions de cette institution, pour dévoiler ses rouages, montrer son idéologie, pointer ses mystifications et dénoncer son projet politique. Nous ne faisons pas la collecte des « mauvais côtés du sport », comme d'autres ramassent les escargots après la pluie, pour le plaisir ou pour le sensationnel (un benêt de service, Pierre Lanfranchi, nous a récemment comparés à Ici-Paris, oubliant que si Ici-Paris se délecte des images-chocs des supporters du Heysel ou de Sheffield s'écrasant, le visage en sang, sur les grillages de sécurité, nous avons pour notre part disséqué ces événements affligeants, étudié leur histoire, pour expliquer la nature de ces tueries et l'organisation des meutes sportives)[7]. Ces « accidents » du sport, ne sont pas de simples erreurs, des « dégénérescences » passagères qui viendraient seulement ternir l'image du sport, ce ne sont nullement des monstruosités, des aberrations qui viendraient entacher ponctuellement l'histoire d'une « idée humaniste », généreuse et universelle. Au contraire, une lecture freudienne de ces « effets pervers »[8] de la compétition sportive nous conduit à les analyser comme des « actes manqués », des « lapsus » qui révèlent le sens caché, le refoulé, de l'entreprise sportive. Les ratés, les actes soi-disant manqués du système ne sont ni le fruit du hasard, ni dus à une addition de malencontreuses malchances, ce sont des « actes réussis », intentionnels par lesquels s'accomplit la logique sportive. Ils ne sont pas des à-côtés, des épiphénomènes, des artefacts, mais les symptômes d'un mal incurable inscrit dans les « gènes » (la genèse) de cette institution, dans son essence même. La critique freudo-marxiste du sport recherche l'occulté, elle s'attache à combattre les idées reçues, les « cela-va-de-soi » (Pierre Bourdieu), qui peuplent l'idéologie sportive. « Une des propriétés importantes d'un champ, écrit Pierre Bourdieu, réside dans le fait qu'il renferme de l'impensable, c'est-à-dire des choses qu'on ne discute même pas [...]. Le plus caché, c'est ce sur quoi tout le monde est d’accord, tellement d'accord qu'on n'en parle même pas, ce qui est hors de question, qui va de soi(....) »[9]. Les « performances macabres » (Ivan Illich) de la pratique sportive mettent à jour le non-dit de l'institution sportive, elles agissent comme des révélateurs des « analyseurs », au sens où l'entend René Lourau : « L'analyseur, parce qu'il déconstruit les rapports sociaux institutionnalisés, oblige à prendre parti, à ne plus cacher ce qu'on est [...]. Il révèle les rapports de pouvoir dissimulés sous l'idéologie du bien commun et du consensus. C'est cela son effet »[10].

Pour mieux saisir les fossés existants entre les différents types de critiques et de résistances (mises en gardes, reproches, critiques de forme et de fond, etc.), le lecteur pourra se reporter à l'article de Patrick Bellegarde : « Les résistances au sport »[11]. Cet auteur distingue ainsi:

- « la résistance idéologique instituée », notamment celle de l'Église et celle du nationalisme. Le sport moderne a d'abord été condamné parce qu'il venait de l'étranger, il était « d'importation étrangère »![l2]. Il était immédiatement suspecté et entrait dans un jeu de concurrences conflictuelles avec les gymnastiques et les techniques du corps déjà en place.

- « la résistance idéologique instituante théorisée » : dans cette catégorie Patrick Bellegarde range le travail fourni par Jean-Marie Brohm et les militants du courant Quel Corps ?. « Cette résistance à l'institution sportive connue appareil idéologique d'État est avant tout une résistance qui porte sur les catégories idéologiques de cette institution. Elle cherche à remettre en cause l'expansion du sport ou de certaines parties de ce phénomène à partir d'une critique idéologique. Le sport est maintenant attaqué dans son institué. [...] Cette résistance organisée, théorisée, est politique »[13]. Sous cette même dénomination, Patrick Bellegarde distingue encore « la résistance idéologique partielle ». L'exemple le plus représentatif serait celui des travaux de Bernard Jeu dont la « tentative de moralisation du phénomène sportif commence par la dénonciation de tout ce qui ne va pas dans le sport pour en proposer le dépassement ». Pour l'auteur, « Le travail de Bernard Jeu est travaillé par de nombreuses contradictions, qui sont le résultat de ses positions positivistes sur le sport ». Afin de mieux connaître les analyses de Bernard Jeu, on se reportera à son ouvrage « Le Sport, la mort, la violence », Paris, Éditions Universitaires, 1975, mais également à son article, « Toute-puissance et immortalité ou les arrières-pensées du sport », Ethno-Psychologie, n° 1, 27ème année, mars 1971. Enfin, il classe ici « la résistance idéologique non théorisée », qui regroupe tous les individus rétifs « d'une façon confuse, sans analyse consciente », à la pratique sportive et/ou à son spectacle. Ceux qui trouvent ridicule de se battre pour un ballon, ceux qui considèrent que tout cela est une perte de temps, ceux qui refusent les catégories idéologiques et les valeurs que la compétition sportive propose.

- « la résistance libidinale »: par exemple, le fait que le sport ne soit plus un jeu, mais un travail induirait des incompréhensions, des déceptions et des frustrations chez les jeunes compétiteurs.

- « la résistance organisationnelle » qui est « la remise en cause directe de l'organisation sportive, de l'intérieur », par les sportifs eux-mêmes, les sponsors, les différents partenaires. Ces résistances relèvent des conflits de travail entre employés-employeur(s) au sein de l'entreprise sportive.

GATISME IDEOLOGIQUE OU PRURIT UNIVERSITAIRE ?

Les thèses et analyses du courant freudo-marxiste de la critique radicale du sport n'ont jamais laissé indifférents les « intellectuels organiques » (Gramsci) du milieu sportif, et encore moins les universitaires qui ont fait de l'analyse de ce fait social leur territoire de recherche (et accessoirement leur gagne-pain). Parmi eux, nombreux pourtant sont ceux qui ont longtemps feint l'indifférence, l'oubliant ou l'ignorant délibérément, passant sous silence jusqu'à son existence même ou l'évacuant d'une réflexion dédaigneuse, l'écartant d'un coup de patte méprisant. Quant à ceux qui l'ont mentionnée au détour de leur réflexion, la plupart l'ont régulièrement fait en tentant de la disqualifier, la tournant en dérision, ou réduisant ses apports à quelques slogans présentés comme antédiluviens, « d'un autre âge » (Alain Ehrenberg), comme des vestiges attendrissants d'une époque soixante-huitarde où fleurissaient une contestation anomique et sans doute bon marché.

Toutes ces procédures d'occultation, de désinformation, de réduction, de dévalorisation, de dépréciation des thèses critiques n'ont visé qu'à maintenir à bonne distance une résistance politiquement organisée au développement de l'emprise sportive (dans et hors l'école). Ces bassesses et autres « vacheries » sont aujourd'hui encore monnaie courante. S'y mêlent à la fois une animosité difficilement dissimulée à l'égard d'un courant d’idées contestataires (la haine rendant d'ailleurs parfois aveugle), avec un désir résolu de porter préjudice et, malheureusement aussi, une forte dose d'ignorance et d'incompétence de la part de détracteurs aussi capables de mauvaise foi que de lacunes abyssales à notre encontre. Outre des contre-sens et des erreurs bien fâcheuses, leurs mauvaises copies laissent apparaître une totale méconnaissance des débroussaillages conceptuels et des combats politiques qui ont été menés par la revue Quel Corps ? et ses sympathisants depuis maintenant plus de dix-sept ans. Des « impasses » (comme disent en faire certains étudiants) et des oublis qui dénotent un état de cécité intellectuelle chronique à notre égard ou bien alors une ignorance sur l'état de nos points de vue et de nos avancées théoriques.

Plusieurs de nos adversaires se sont ainsi emmitouflés dans quelques douces certitudes. Persuadés de la justesse de leur prêt à penser, ils ont résolument tourné la page, puis sont allés colporter leurs fausses nouvelles comme autant de vérités premières. Leur calfeutrage idéologique mériterait plus qu'un long dépoussiérage. C'est donc à un stage de ré-oxygénation critique et théorique auquel nous les inviterons à la fin de cet article.

Pour eux « la critique du sport » issue de Mai 68, n'en finirait pas de se répéter, elle radoterait en quelque sorte et serait devenue gâteuse. Elle piétinerait, stagnerait, n'en finissant pas de rabâcher les mêmes arguments, elle se serait enlisée et finirait par lasser à force de variations infinies autour d'une partition désormais dépassée et anachronique. Le réel aurait définitivement tranché. Dès lors, c'est le succès du phénomène sportif, l'ampleur de son triomphe, l'évolution de ses pratiques, la diversification des goûts qu'il conviendrait de comprendre et non plus seulement de critiquer. Georges Vigarello qui se dit avoir « été très critique vis-à-vis de la pratique sportive »[14] est le représentant type de cette nouvelle génération (génération ni-ni) d'observateurs distanciés qui prétendent analyser sans prendre position, « restant volontairement “flottant”», pour sans doute mieux sentir d'où vient le vent. « Faut-il condamner, ne pas condamner ? Toujours est-il qu'il y a un monde existant qu'il faut tenter de comprendre. Il faut chercher comment ça fonctionne »[15]. Comme si la critique n'était pas une forme d'élucidation, comme si elle ne fournissait aucune intelligibilité et ne débouchait sur aucune analyse explicative ! Trop souvent, la critique du sport a été présentée comme une prise de position systématiquement contradictoire. En quelque sorte une affaire d’éternels et inévitables grincheux. Un jour, il y eut le sport et les anti-sportifs, eux aussi, advinrent. Jean-Marie Brohm, ses coéquipiers et ses supporters auraient rejoint le cortège des opposants au sport[16] et plus généralement celui de tous les « anti quelque chose », de ceux qui sont systématiquement contre, de ceux qui condamnent toujours a priori.

Se rapprochant de ceux qui voudraient faire croire que la critique accompagne le développement du sport, un peu comme un poisson pilote s’attache à un requin dès les premiers instants de sa vie pour ensuite ne plus le quitter, Pierre Arnaud rappelait au colloque « Anthropologie du sport » que « la critique du sport a tout juste un siècle. Elle date du Congrès de Caen de 1892, où des médecins se sont insurgés contre les excès et les thèses de Pierre de Coubertin sur le dépassement. Ensuite, elle a continué dans les thèses de Georges Hébert ». Il s'empressait toutefois de conclure : « Ceci n'enlève rien au mérite de Jean-Marie Brohm qui, depuis 1968, a placé cette critique sur un autre terrain et dans le cadre d'une lecture socio-politique »[17]. Et c'est bien là que se situe toute l'originalité, toute la nouveauté révolutionnaire. La critique devient politique de part en part, dans ses fondements théoriques dans ses luttes et dans son organisation. Elle devient une force politique, « un courant », doté de structures semi-institutionnelles, semi-clandestines, animé par « des militants marxistes intervenant sur le terrain de la lutte des classes »[18]. Elle mène un combat politique : la critique radicale du sport en tant qu'appareil idéologique d'Etat (selon l'expression de Louis Althusser), la destruction de cet appareil bourgeois et la dénonciation des crimes commis à l'ombre de l’olympisme (« écran idéologique »). Elle mènera une propagande-agitation anti-olympique coordonnera des campagnes d'explication sur la nature réactionnaire des Jeux, animera les campagnes de boycotts de plusieurs événements sportifs:

- boycott de la coupe du monde de football de 1978, organisée en Argentine, pays tenu par la junte militaire fasciste du général-dictateur Videla (enlèvements, disparitions, assassinats, tortures, exécutions sommaires de prisonniers politiques étaient la réalité du climat de terreur imposé à toute une population) [19].

- boycott des Jeux olympiques de Moscou en 1980, baptisés « Jeux du Goulag ». Pouvait-on décemment organiser une gigantesque fête de la paix et de la fraternité alors que l'URSS, pays totalitaire, venait d'envahir l'Afghanistan, alors que les dissidents étaient internés et psychiatrisés ?[20]

- condamnation de l’expédition néo-coloniale du rallye Paris-Dakar, raid sponsorisé, véritable entreprise de destruction (30 morts en 10 ans) au travers de pays exploités, paupérisés, pillés ![21]

Pour le « délicat » et « apolitique » Alain Ehrenberg, « A partir du scandale des J.O. de 1968 — le poing levé des sprinters noirs américains —, ce sont les rapports avec la politique qui constitueront la nouvelle tarte à la crème de la critique du sport (voir le numéro de Partisans de mai-juin 1968, “Sport, culture et répression”)... et des nouveaux problèmes rencontrés par les J.O. » (22]. Le vrai scandale des J.O. de Mexico c'était leur organisation dans une ville où, quelques jours avant l'ouverture, une révolte étudiante avait été sauvagement écrasée dans un bain des sang : 300 morts sur la « place des Trois-Cultures »! Ehrenberg, le nouveau gourou soft et clean de l'idéologie entrepreneuriale et du culte de la performance, le chantre de la supériorité des forts sur les faibles, le nouvel idéologue de la compétition « égalitaire » serait-il friand de combats de tartes à la crème nappées d'hémoglobine ? Il est vrai que ce sociologue de salon n'a jamais participé à l'élucidation des idéologies sportives, ni combattu pour l'émancipation des peuples et des minorités opprimées par des régimes utilisant les grandes foires du muscle comme vitrines publicitaires. Jean-Marie Brohm n'avait pas attendu 1968 pour s'attaquer à la politique gaulliste d'embrigadement de la jeunesse par le sport et l'éducation physique. Dès 1964, il dénonçait dans une revue d'extrême gauche clairement engagée (contre la guerre d'Algérie, l'impérialisme américain,...) les fonctions politiques de l'E.P.S., il traquait les aspects idéologiques et le « contenu bourgeois du sport », il interpellait déjà les syndicats (en l'occurrence le SNEP) sur leurs orientations pédagogiques [23]. il fallait alors un certain courage pour oser s'attaquer aux illusions véhiculées par une pratique sociale au dessus de tous soupçons. Et il faut être aujourd'hui un bien pâle et mesquin débatteur, pour tenter de rabaisser, en les tournant en dérision, les thèses développées dans un numéro historique de la revue Partisans [24]. Ce numéro passait au crible l'institution sportive, il ouvrait des brèches, s'attaquait aux fausses-croyances, il désenchantait. Il fut un outil de luttes, un objet de débats et de réflexions critiques pour plusieurs générations d'étudiants et de professeurs d'E.P.S. Les auteurs qui y participèrent entraient en dissidence et devenaient de dangereux subversifs. « Dans les sciences sociales, écrit Pierre Bourdieu, on le sait, les ruptures épistémologiques sont souvent des ruptures sociales, des ruptures avec les croyances fondamentales d'un groupe et, parfois, avec les croyances fondamentales du corps des professionnels, avec le corps des certitudes partagées qui fonde la communis doctorum opinio. Pratiquer le doute radical en sociologie, c'est un peu se mettre hors la loi »[25]. Pour éviter de se compromettre totalement, certains regagnèrent bien vite les chemins de l'orthodoxie. Georges Vigarello et André Rauch (dissimulé sous un pseudonyme, André Redna, dans Partisans, n° 43) avaient fait là une unique et rapide apparition. Alain Ehrenberg à ses débuts était d'ailleurs venu lui aussi furtivement participer à la partie de tarte à la crème, en publiant un texte dans le numéro 6 de la revue Quel Corps ? Il prenait alors des allures de terroriste : « Le karaté est une pédagogie de la violence. Mais c'est aussi une certaine politique qui joue avec cette violence. Et dans ce jeu, elle éclatera peut-être à la “gueule” de ceux qui auront voulu l’utiliser. Reste à savoir comment construire le détonateur » [26]. Des velléités qui restèrent sans suite, un « égarement de jeunesse » sans doute car chacun sait qu'il faut bien que « jeunesse révolutionnaire se passe »...

En contrepoint nous citerons la présentation que fait Pierre Parlebas de l'implantation du « courant de Jean-Marie Brohm qui a présenté, dans les années 68-69 et qui l'a développée depuis, une analyse profondément politique qui tente de montrer que les pratiques corporelles, notamment le sport, sont le lieu le plus clandestin, mais peut-être le plus privilégié de l'exercice du pouvoir, de l'autorité, notamment de la lutte des classes. Il montre notamment que la lutte Politique des classes se retrouve au niveau des rapports corporels. Les corps sont profondément marqués par les rapports de classes, les rapports de domination. Il mène cette analyse critique à partir d'une analyse radicale du capitalisme. C'est un courant très percutant qui lui a causé un certain nombre d'ennuis, mais on peut remarquer qu'après Brohm on ne plus parler de la même façon ni avoir un discours aussi naïf et mystificateur qu'avant. Je crois que ça, c'est un constat Objectif. On n'est pas obligé d'être en accord avec ce que dit notre collègue, mais c'est un fait que l’on ne peut pas nier, un considérable impact de son intervention. L'idée clé qu'il a su mettre en évidence d'une imposition des pouvoirs politiques et économiques sur les pratiques corporelles est, je pense, tout à fait incontestable et je vois mal un sociologue en nier l'intérêt »[27].

Malgré tout, force est de constater que la critique dérange toujours autant, qu'elle continue d'irriter et de susciter quelques démangeaisons. Notamment parce que, par-delà les ostracismes, les censures, les dénigrements et les malhonnêtetés, le courant critique a toujours su se maintenir avec force. Ce monstre du Loch Ness [28] n'a jamais déçu, réapparaissant lorsqu'on ne l'attendait plus, troublant de nouvelles eaux (s'enfonçant dans le lac de Vincennes pour ressurgir dans les vagues de la Méditerranée)! Si la critique du sport déclenche des animosités, des rancœurs, c'est qu'elle n'a jamais capitulé, n'ayant de cesse de contre-attaquer, rendant coup pour coup, répondant à plusieurs reprises aux critiques de ses adversaires (tout en les invitant d'ailleurs à de libres débats), s'engageant dans de nouveaux combats, dégageant de nouvelles pistes et développant ses positions théoriques à l'occasion d'événements sportifs contemporains [29]. Le courant critique bouscule les bonnes consciences et suscite de violentes réactions car il va droit au but, ne s'embarrassant pas de convenance et refusant les langues de bois. Il pense là où ça fait mal et même très mal. Sa force réside dans sa position mixte d'extériorité impliquée ou d'intériorité décentrée qu'ont toujours occupée les membres de son noyau dur : anciens sportifs (souvent de bon niveau), enseignants d'Éducation physique, kinésithérapeutes, journalistes sportifs, ils disposent d'une connaissance indigène du milieu. Difficile de leur faire avaler les couleuvres du fair-play, de l'égalitarisme sportif, de la créativité sportive ou de la joyeuse communion de la troisième mi-temps, encore moins celle du sport simple activité culturelle de référence pour l'éducation physique ! Mais ils sont aussi extérieurs à ce milieu, une extériorité de fait: leurs positions critiques les ont toujours désignés comme des pestiférés à ne surtout pas laisser s'introduire dans les UEREPS, les SUAPS et les STAPS en général. Jean-Marie Brohm a finalement trouvé « refuge » en Sciences de l'éducation à l'Université de Caen après avoir subi à plusieurs reprises des interdictions professionnelles déguisées. Sa reconnaissance universitaire ne fait que commencer puisqu'il vient d'être nommé professeur de sociologie à l'Université Paul Valéry de Montpellier à la rentrée 92. D'autre part, les membres du courant critique ont toujours été des chercheurs militants, politiquement engagés qui n'ont accepté aucun compromis, ni aucune compromission. Quelle que soit leur position institutionnelle, leur laboratoire de recherche est « le laboratoire contre-institutionnel » de la revue Quel Corps ?, financièrement et politiquement indépendant, autogéré par ces mêmes chercheurs. Tous ceux qui ont pactisé avec l'adversaire, tous les renégats, les apostats, les « putes intellectuelles » (comme les qualifiaient les situationnistes)[30] qui se sont rangés (ou sont allés chausser des charentaises intellectuelles) ont d'eux-mêmes abandonné le navire, « la galère » Quel Corps ?, laissant les d'Aboville de service souquer ferme ! Hegel avait déjà bien saisi cette dissolution/désagrégation des rôles qui s'opère avec les changements d'implications: « dès qu'ils ne risquent plus leur vie, les maîtres ne sont plus de vrais Maîtres ; et de même, dès qu'ils ne travaillent plus, les esclaves ne sont plus de vrais esclaves »[31]. Dès qu'ils cessent leur travail de déconstruction critique, dés qu'ils arrêtent de se colleter avec les chiens de garde de l'institution les révolutionnaires ne sont plus de vrais révolutionnaires.

Toutes ces perspectives critiques, ces avancées conceptuelles n'auraient jamais pu avoir un tel impact, elles ne se seraient pas maintenues avec un aussi durable succès, si elles n’avaient pas disposé, d'une part, d'un véritable « laboratoire de recherche critique », lieu d'élaboration et de diffusion: la revue Quel Corps ?, et, d'autre part, d’un inépuisable bulldozer théorique : Jean-Marie Brohm.

L'ABOMINABLE HOMME DES STAPS CONTRE LES COMMISSAIRES JAVERT DE L'EPS

Pour certains, Jean-Marie Brohm ce n'est, soi disant, « plus la peine de le présenter... » ! C'est par cette formule qu'il a été récemment (non) présenté par un dresseur de bébés-nageurs rats local lors d'une intervention à l'UFRSTAPS de Montpellier. Le personnage est donc toujours précédé par sa (mauvaise?) « réputation ». Voyons donc à travers quelques formules lapidaires l'image que le milieu des STAPS renvoie d'un des « acteurs historiques » de l'E.P.S., de cet « ennemi numéro 1 du sport » et des STAPS[32].

Il nous faut tout d'abord rectifier une « erreur » typographique historique de taille qui semble avoir encore la vie dure (continuant ainsi à être colportée entre autres dans les colonnes de la revue STAPS) : Brohm ne s'écrit pas « Bröhm ». Ce tréma sur le o qui donne une consonance « judéo-germanique » à un nom d'origine nordique avait été accroché là en 1975 par les Éditions Universitaires lors de la publication du 2ème ouvrage de Jean-Marie Brohm : « Corps et politique »[33]. Comment ne pas être consterné, lorsque, 17 ans après, la rédaction d'une revue qui a pourtant pignon sur rue dans les UFRSTAPS, continue encore cette lamentable erreur [34]— alors que Jean-Marie Brohm n'a cessé depuis d'inscrire son nom, correctement imprimé, à des dizaines d'articles, ouvrages, et conférences ! Rien n'advient jamais au hasard ! Et Freud avait très bien pointé les voies de ce type de lapsus ou de faux souvenir : « Celui qui cherche à se rappeler un nom qui lui a échappé retrouve dans sa conscience d'autres noms, des noms de substitution, qu'il reconnaît aussitôt comme incorrects, mais qui n'en continuent pas moins à s'imposer à lui obstinément. On dirait que le processus qui devait aboutir à la reproduction du nom cherché a subi un déplacement, s'est engagé dans une fausse route, au bout de laquelle il trouve le nom de substitution, le nom incorrect »[35]. En fait, il s'agirait plutôt ici d'un vrai-faux souvenir, « d'une déformation obstinée d'un nom »(Freud), d'une erreur non rectifiée. Or, si l'on en croit Bachelard, « tout progrès est erreur rectifiée », faut-il alors admettre que certains de nos détracteurs n'auraient guère évolué ? A moins que cette erreur typographique à répétition soit « l'expression d'une hostilité interne » (Freud) ? Freud, Marx, Marcuse, Reich, Bloch, Adorno, Horkheimer, Habermas, Lukacs, c'est-à-dire une bonne partie des théoriciens (sociologues, philosophes, psychanalystes, ...) sur les analyses desquels la sociologie politique du sport de Jean-Marie Brohm s'est construite, n'étaient-ils pas des théoriciens de l'École de Francfort dont beaucoup étaient Juifs allemands aux idées qui apportaient aussi « la peste » ? On retrouve là encore un réflexe de rejet bien franchouillard à l'égard d'un compatriote Alsacien qui a le désavantage aux yeux de certains microcéphales de l'hexagone d'être bilingue. Tous les Super-Dupond de la profession ne se levèrent-ils pas en meutes pour bouter hors du champ sportif et hors de l'EPS l'anti-sport et « l’anti-France » ! « Tous contre un, un contre tous ! », telle pourrait être la formule qui rend compte du combat dans lequel s'était engagé Brohm et ses lieutenants. « Tous contre un », car tout ce qui gravitait autour et au coeur du sport, tous les gardiens du sport (dont le slogan pourrait être « touche pas à mon sport »), tous les parents adoptifs de ce « bébé » qu'il ne fallait surtout pas jeter avec l'eau du bain, concentrèrent leurs tirs sur ceux qui se réjouissaient quand les athlètes français étaient ridicules[36] et que les médailles françaises laissaient « totalement indifférents »[37]. Mis à l'index, interdit de séjour à l'INSEP, dans les UEREPS et les centres de formation, boycotté par ses collègues des STAPS, Jean-Marie Brohm dut subir un tir particulièrement nourri de critiques. Paria de la profession, étiqueté comme affreux gauchiste, il était tout aussi copieusement haï par le milieu sportif. Christian Montaignac dissertait sur « le sport au Brohmure » et le présentait comme un « pourfendeur patenté du sport [chargé] de passer la planète sportive au lance-flammes », un « Méphistophélès d'amphithéâtre » dont « l'exhibition tenait du café théâtre (et de la) bouffonnerie déclamatoire »[38].

Pour les « amis du sport », Jean-Marie Brohm apparaissait comme un kamikaze, une sorte de dangereux dynamiteros, as de la haute voltige et des rase-mottes destructeurs. Jean-Marie Brohm pilonnait et l'amirauté sportive au grand complet (Christian Montaignac, Gaston Meyer, Robert Parienté) s'affairait derrière ses batteries pour l'abattre au plus vite. Voici ce qu'écrivaient alors les rédacteurs de L'Équipe : « Embarqués à bord du navire “compétition”, les journalistes sportifs doivent actuellement se défendre contre les attaques en piqué de Jean-Marie Brohm, assurément le meilleur pilote de bombardier en basse altitude dont disposent les ennemis du sport. Cet as de l'escadrille gauchiste a publié un livre (“ Critiques du sport ”) qui est à n'en pas douter la bombe la plus violente jamais lancée dans notre direction. Si ces explosions de dialectique, parfois délirante, ne sont pas parvenues à endommager sérieusement notre bâtiment, elles ont tout de même obligé notre D.C.A. à intervenir sèchement »[39]. Les hostilités étaient ouvertes et allaient se prolonger. Il est amusant de retrouver, douze ans plus tard, la même représentation guerrière dans des propos tenus par le « colonel » Christian Pociello. S'appuyant sur un texte datant d'avril 1983 : « Pour un changement radical en éducation physique et sportive », celui-ci se délectait de sa bonne trouvaille et s'en pourléchait les babines : « Quelle ne fut pas ma délectation de voir que J.-M. Brohm, le bombardier qui survolait le système sans jamais se poser, a atterri là où on l'attendait. L'intellectuel a retrouvé ses attaches »[40]. Rappelons à Christian Pociello qu'en 1983 le « bombardier » avait encore sa base d'attache professionnelle au Lycée Condorcet à Paris, où il enseignait quotidiennement l'EPS. Le texte auquel se réfère Pociello se voulait avant tout un « programme de transition qui, partant de revendications simples, mais mobilisatrices, contribuerait à déconstruire de fond en comble l'appareil sportif et ses agences en sapant l'idéologie de la compétition, en détruisant toutes les valeurs réactionnaires du sport de compétition »[41]. En 1989, ce texte venait de faire l'objet d'un tiré à part photocopié et envoyé à plus de 200 personnes du monde politique, syndical, ou des STAPS ; c'est sans doute par ce biais que Christian Pociello en avait pris connaissance, soit six ans après son écriture ! Il y avait bien longtemps pourtant que Jean-Marie Brohm avait re-décollé, troquant son vieux coucou contre un appareil inter-galactique de la troisième génération chargé de nouveaux « missiles théoriques » (Marx), tandis que d'autres cocoonaient tranquillement avec la génération-Mitterrand.

Jean-Marie Brohm s'attirait également les critiques de tous les horizons politiques. De la droite la plus réactionnaire jusqu'au Parti Communiste Français. Roland Passevant, joumaliste sportif à L'Humanité, persiflait contre « les théories gauchistes de Jean-Marie Brohm » et sa thèse, « reflet d'un anti-communisme primaire ». (Il était de bon ton alors de s'extasier sur les records des pays de l'Est et de lécher les bottes — « lèche bottes blues » — aux agents sportifs de la STASI l'omniprésente police politique de l'ex-RDA, ce que n'avait pas manqué de faire en conclusion Roland Passevant, «“Apostrophes”: utile compétition », L'Humanité, 26.06.1976).

Celui que, plusieurs années après les interdictions professionnelles, Raymond Thomas décrivait comme « le chef de file de la nouvelle gauche contestant la compétition sportive »[42] ne fut que très rarement invité par ses détracteurs à exposer et à défendre ses analyses. C'est ainsi qu'en 1981, par exemple, il ne fut invité à l'UEREPS de Montpellier qu'à la seule initiative de l'Association des étudiants (l'AMEEPS). Sa venue et son intervention donnèrent lieu à commentaires dans le journal des étudiants de ce centre de formation. Ces humeurs étudiantes peuvent être considérées comme des témoignages à vif, des témoignages singuliers, cliniques d'individus impliqués dans l'ici et le maintenant de leur formation universitaire. Ils rendent compte à leur manière (provocante, réactive) de la perception des attitudes professorales à l'égard de Jean-Marie Brohm.

Première constatation de ces étudiants: Brohm savait faire l'unanimité contre lui. C'est du moins ce que notent les auteurs d'une bande dessinée présentant la vie quotidienne dans cette UEREPS. Un étudiant, « futur prof de gym: basket-survêt-sifflet », lève timidement un doigt et interroge une bande d'enseignants ulcérés : « Brohm c'est quoi ? Une marque de pointe ? Un nouveau rasoir ? Un gros mot ? ». En tout cas un mot à ne pas dire au risque de récolter une volée d'invectives : « BROHM? Quoi Brohm? Qui vous a mis ça dans la tête ! », « c'est du gauchisme » menacent en cœur trois enseignants. Il y avait donc là un individu tabou, un personnage à ne pas fréquenter (à ne pas citer dans les copies de CAPEPS, à moins de « lui tailler un short ») et surtout à ne pas inviter, au risque de déclencher une crise aiguë de « bromophobie »! C'est-à-dire une désertion du lieu de débat (combat ?), un évitement du face-à-face direct, et le déplacement des animosités et de la haine sur les étudiants intéressés par le « courant brohmien » : « Fabuleux, du jamais vu: deux profs à la réception de Brohm !!! Décidément la “Bromophobie”, c'est radical !», constatent ainsi « quelques étudiants » qui ne disent pas leurs noms « pour ne pas en prendre plein les dents »! L'intervention de Brohm est boycottée, elle est « sabotée » car le personnage fait peur. N'est-il pas un « casseur de baraque » qui d'entrée de jeu ne déçoit pas : « Dès l'introduction de la conférence, il casse du prof. Toujours du jamais vu ! (...) Brohm a planté le couteau, vous êtes au pied du mur, et là, vous tombez. Silence dans l'amphi ».

Aujourd'hui, dans ses différentes interventions, Jean-Marie Brohm « casserait » plutôt de l'inspecteur. Si sa cible principale a changé il n'en reste pas moins le porte-parole des idées réprimées et opprimées, disant tout haut, publiquement et sans détours, ce qu'une partie de la profession pense, elle, en aparté. « Il est avec nous et contre tout pouvoir répressif », constataient ravis nos « quelques étudiants ». Car à la bromophobie fait pendant une sorte de bromophilie, qu'il ne faut pas comprendre comme amour de l'individu, mais essentiellement comme un « appétit de connaître » (Mélanie Klein), une «pulsion de savoir » (Vera Schmidt) une « tendance épistémophilique » à s'interroger sur ce qui est défendu. La bromophobie tournait effectivement à la répulsion névrotique. Cette « bavure institutionnelle » (comme le définissent ces mêmes étudiants) s'était enkystée, à la manière d'une tumeur maligne, d'un ulcère dans le corps enseignant. Brohm c'était l'impensable (celui à ne pas penser), mais en même temps il était devenu une énigme, une figure mythique, une légende encore bien vivante qui éveillait un désir de connaître, une volonté de révolte.

Belzébuth (Iblis pour l'Islam) effraie et attire à la fois. Ses pourfendeurs évitent de prononcer son nom, l'éliminent de leur monde, mais les vade-retro satanas qu'il déclenche et les diverses précautions prises pour s'en protéger excitent les curiosités (intellectuelles). Ce Satan de l'EPS et du sport était devenu aussi pour certains, et par dérision, « le loup-garou »! Cette formule, style bande annonce, présentait la publication d'une lettre de remerciements adressée par Jean-Marie Brohm à l'Association des Etudiants d'E.P.S. de Montpellier. Il y mettait ainsi en garde contre les adhésions magiques, l'élection de nouvelles idoles, les envoûtements intellectuels : « Méfiez-vous des prophètes, méfiez-vous de Brohm. J'ai toujours refusé d'être un gourou (c'est contre mes convictions matérialistes), un intellectuel purement universitaire (c'est contre mes convictions communistes révolutionnaires engagé dans la lutte de classe du prolétariat) ou un prof de gym progressiste (c'est contre ma conviction qu'il faudra un jour détruire les spécialistes du corps). Oui, méfiez-vous de Quel Corps ? C'est pour vous un moyen de réflexion ou de critique, mais surtout pas un dogme ou une bible. A Quel Corps ? nous ne serons jamais une nouvelle doctrine qu'on pourrait aligner à côté de Le Boulch, Mérand, Hébert, Coubertin, Amoros, etc. Nous ne serons jamais un manuel ou un moyen de faire de bonnes copies au CAPEPS. Nous serons toujours dans l'opposition, toujours avec ceux d'en-bas, les humbles, les opprimés de ces institutions d'aliénation, de ces machines à broyer les corps que sont le sport et l'E.P.S. officielle ». Il y a du Jean Valjean dans ce discours : Brohm contre les commissaires Javert de l'EPS (qui souhaiteraient le voir à l'ombre), Brohm épaulant les Cosettes des UEREPS, vivant dans la semi-clandestinité, circulant dans les égouts des STAPS et les bas-fonds du sport. Mais il y a là, avant tout, un hymne à l'anarchisme intellectuel, au sens où le conçoit Paul Feyerabend. Prendre à contre pied, ne pas enfermer (pour ne pas se laisser enfermer), avoir « vingt ans d'avance »[43]. Ce qui fait d'ailleurs la force et dialectiquement la faiblesse du courant Quel Corps ?, c'est sa passion critique à l'égard de tout projet de domination et donc à l'égard de sa propre domination. La phrase de Hegel qui lui sert de fil directeur : « Tout ce qui existe mérite de périr », lui est tout aussi applicable. Quel Corps ?, en développant des analyses qui ne sont pas à la mode ou « branchées », fonctionne comme une avant-garde intellectuelle, un laboratoire de recherche du 3è type. Cette position en décalage ne peut que la rendre minoritaire et rendre sa croissance impossible. La critique radicale vise à la déconstruction, à la dissolution analytique de son propre objet de recherche. Elle scie ainsi la branche sur laquelle elle s'est un temps assise. Sa position est donc irrécupérable, imprenable par ceux qui souhaiteraient avant tout faire carrière. La conclusion que Jean-Marie Brohm apporte au récent colloque de la Sorbonne (avril 1991) « Anthropologie du sport. Perspectives critiques »pourtant impulsé par Quel Corps ? est sur ce point particulièrement illustratrice. L'anthropologie du sport avait de quoi séduire, voilà un concept neuf, un outil théorique attirant autour duquel il semblait possible de rassembler les recherches. Le terme aurait pu faire fortune (et il n'est pas dit qu'il ne soit pas bientôt récupéré), certains intervenants proposèrent même d'institutionnaliser cette perspective, de l'organiser en un séminaire permanent, avant d'ouvrir un Institut Européen d'Anthropologie du Sport ! De bien belles ambitions qui furent immédiatement dénoncées par l'instigateur même de ces journées : « L’anthropologie du sport, en tant que science révélatrice d'un projet de domination, se doit aussi d'être critiquée impitoyablement. Dés lors, et c'est une ruse de la raison dialectique, un colloque sur l'anthropologie du sport peut parfaitement avoir pour objet la destruction anticipée de cet objet impossible et introuvable qu'est “l'anthropologie du sport”! Comme disait Hegel, l'heure de la naissance est l’heure de la mort... »[44]. La page était tournée, le concept achevé par celui-là même qui l'avait forgé et en avait assuré la promotion. A cette occasion le numéro 41 de la revue Quel corps ? (distribué gratuitement le premier jour à tous les participants du colloque) tournait déjà en dérision cette ambition en titrant : « Anthropophagie du sport ? ». Il dénonçait, entre autres, par cette provocation, la cannibalisation épistémologique dont le sport était devenu la victime [45].

Les anthropophages du sport qui avaient été conviés à ce repas totémique auraient dû méditer cet énoncé de la Revue de Préhistoire Contemporaine : « Ce qui est vrai dans la critique, ce qui appartient essentiellement à la critique, c'est la... critique. Dès qu'une critique cesse de progresser, elle cesse d'être critique. Elle se met donc ipso facto à la disposition de son ennemi. Dès lors cet ennemi souligne lui-même les insuffisances de cette critique par l'emploi indolore qu'il peut en faire et rend manifeste la nécessité de poursuivre cette critique, la nécessité pour cette critique de se distinguer à nouveau de son ennemi »[46]. Une critique radicale qui se respecte ne saurait être amadouée, sa vocation première est d'être « impitoyable ». Sa force est de cloner des Alien (monstre indestructible de la Guerre des étoiles). Certains l'ont récemment appris à leurs dépens, qui pensaient que le monstre allait devenir plus fréquentable, plus présentable. Au récent Colloque « Quel avenir pour l'E.P.S.? » (6, 7 et 8 mars 1992 à Montpellier), Jean-Marie Brohm, légitimité aux yeux des STAPS par sa nomination sur un poste de professeur en Sciences de l'éducation à l'université de Caen, se montra féroce en rappelant notamment les allégeances du SNEP et de la FSGT vis-à-vis de l'État policier de la RDA, de son système sportif « exemplaire » et de son réseau de détection organisé par les vopos de la STASI, heurtant ainsi de front les vieux bonzes staliniens du SNEP (en l'occurrence Michel Chaigneau qui ne manqua pas de réagir — mais en différé et prudemment à l'abri des colonnes du bulletin du SNEP, en qualifiant de « Provocations » les interventions de Jean-Marie Brohm, comme s'il était provocateur de faire œuvre d'historien en rappelant les positions passées des amis zélés de la RDA ! ) (SNEP, n° 400, 27.03, 1992). De la même manière que l'on ne verra jamais une momie bureaucratique changer de sarcophage, de la même manière l'on ne verra jamais la critique radicale se faire cryogéniser par les fonctionnaires de la pensée servile. On ne civilisera jamais les yetis!

ITINÉRAIRE D’UNE REVUE QUI SE BONIFIE EN COMBATTANT

La critique du sport c'est aussi et peut-être avant tout l'histoire d'une revue : celle de Quel Corps ? Les pérégrinations d'une « revue qui ne manque pas d'esprit », d'une revue qui se veut « pertinente et impertinente », en tout cas d'une revue iconoclaste, inclassable, une revue « avec grosses louches de vitriol, saupoudrée d'arsenic » ! [47].

Quel Corps ? de toute évidence dérange. Elle dérange par sa constance, par son opiniâtreté, par sa présence permanente sur le terrain de l'E.P.S., au cœur des enjeux et des luttes, depuis 1975. Voici en quels termes se présentait la revue dans ses premiers numéros : « Créée en janvier 1975, la revue Quel Corps ? regroupe des militants marxistes. Quel Corps ? a pour but de susciter un mouvement permanent de réflexion et de contestation de tous les appareils ou institutions qui exploitent, brisent, mutilent les corps. Notre cible principale est à ce titre l'institution sportive, et les grandes rencontres internationales (Jeux olympiques) [...]. Quel Corps ? est en même temps partie prenante des luttes qui se mènent quotidiennement dans ces bastilles du corps que sont les lycées (éducation corporelle), les usines et les bureaux (rendement corporel). En ce sens Quel Corps ? s'efforcera de faire du corps une arme dans les luttes de classe du prolétariat ».

Quel Corps ? dérange par sa bigarrure intellectuelle, par l'étendue de son spectre d'investigations : le sport, bien sûr, sous ses facettes les moins reluisantes, l'éducation physique, les pratiques corporelles, et plus largement toutes les institutions, les discours et les pratiques du corps. Quel Corps ? est la seule revue du champ qui ait pu (su) publier autant de contributions d'universitaires prestigieux, pour la plupart d'ailleurs illustrement inconnus des homo stapsivus de base. Par ordre d'apparition : Vladimir Jankélévitch, Michel Foucault, Louis-Vincent Thomas, Paul Virilio, Pierre Fougeyrollas, Patrick Tort, Jean Chesneaux, Michel Maffesoli, Georges Lapassade, Jacques Ardoino, Tobie Nathan, etc.

Si Quel Corps ? gêne, c'est parce que l'interrogation qui l'anime est universelle, inépuisable et radicale. Comme le notait Alain Brossat (journaliste) aux débuts de cette revue : « vaste programme, champ d'investigation pour ainsi dire illimité » (Rouge, 3 et 4.06.1978). Elle transversalise les époques, les civilisations, articule (et interroge) tous les aspects de la vie, de la sexualité, de la mort, de la vieillesse, dans leurs dimensions historiques, ethnologiques, philosophiques, psychanalytiques, éthiques (le terme est à la mode), anthropologiques, architecturales, aussi bien dans leurs extravagances et leurs monstruosités que dans leurs quotidiennes banalités. Elle est l'interrogation ultime, l'interrogation des interrogations, interpellation intarissable, interrogation impossible car le corps est avant tout une réalité destinée à la mort. Le corps résiste à une approche totalisante, il n'accepte que la fragmentation des points de vue, la diversité des conceptions et des paradigmes, car il est à la fois lieu de la vie et lieu de la mort [48]. Le concept de corps ne peut être qu'éternellement questionnant : oui, mais de « Quel corps ? »s'agit-il, telle est l'incessante interrogation posée par Roland Barthes [49].

De toute évidence cette interrogation dérange car elle est impensable [50], d'où l'impossibilité pour beaucoup de la formuler, ou de la saisir. S'il est un oubli immuable, c'est bien celui du point d'interrogation à la fin du nom de notre revue. Quel Corps ? s'appauvrit régulièrement en « Quel Corps ». Cette amputation involontaire dégrade la portée heuristique du titre et lui ôte toute sa pertinence. Poser cette question en direction de lieux où justement l'on travaille quotidiennement le corps, quasiment au corps à corps, c'est déstabiliser des certitudes, opérer des remises en question. Quel corps, quelles corporéités, quelles images du corps structurent le sport et l'E.P.S.?[51] Quelles représentations dominantes y guident les pratiques et les interventions éducatives, quelles dimensions dès lors sont négligées, oubliées ou évincées, et donc finalement quelles emprises au corps, quelles politiques du corps, quelles normalisations anthropométriques sont à l'œuvre ?[52]. Porter cette interrogation dans un milieu corporatif et bétonné c'est relativiser ses apports, souligner ses limites, combattre ses réductionnismes, ses options et ses prétentions éducatives [53].

Retrancher cette partie essentielle pour la compréhension d'un courant de recherches, c'est aussi une castration symbolique, et souhaiter quelque part qu'il ne produise plus et ne se reproduise pas. Cette mutilation dénature ainsi l'idée fondatrice : « Quel Corps ? est, et sera, ponctuée interrogativement [...] parce que le fond du débat en est : la démystification d'un corps unique »[54].

L'ACHARNEMENT CRITIQUE

L’histoire de la revue Quel Corps ?, et donc du courant de la critique du sport, est aussi celle des militants qui l'ont successivement traversée, se relayant pour la faire vivre et bien souvent survivre. Quel Corps ? a constitué un pôle d'attraction, d'identification autour duquel se sont regroupés des particules, des sympathisants, des chercheurs engagés dans des luttes d'émancipation. Elle a suscité un mouvement d'idées polémiques, dans lequel se sont reconnus des enseignants et des praticiens du corps dissidents.

A ses débuts, elle a été portée par un large mouvement politique contestataire. Elle prenait place dans une mouvance post-soixante-huitarde, au milieu d'un champ de publications contre-institutionnelles : Gardes-fous, Champ Social, Tankonalasanté, Place, Autrement, Le Chrono Enrayé, Le Corps Enchaîné qui chacune soumettaient leur domaine au feu de la critique, en remettant radicalement en cause les présupposés idéologiques, introduisant le schisme au sein de leurs institutions d'appartenance.

Quel Corps ? a regroupé autour de son berceau une bande hétéroclite d'étudiants, de lycéens, de travailleurs sociaux, trotskystes, maoïstes, ex-« katangais », anarchistes, décidés à en découdre avec leurs ennemis de classe. Une armada de « fous-furieux » qui en étaient arrivés à déstabiliser jusqu'aux militants de la Ligue Communiste Révolutionnaire ! Alain Brossat, alors rédacteur à l'hebdomadaire révolutionnaire Rouge, était revenu « stone » d'un débat organisé entre le collectif de rédaction de la revue Quel Corps ? et celui du Chrono Enrayé. Pris à contre-pied, complètement déboussolé par le nouveau mot d'ordre des contestataires : « A bas tout ! » (plus contestataire que moi tu meurs !). « Tout de même, écrivait-il à chaud, quand [...] nous avons entendu Jean-Marie Brohm déclarer, avec l'emphase qui lui est propre : “ maintenant, dans mes cours (Brohm est professeur de gymnastique) [sic], je fais faire du sport à mes mômes, parce que contre le sport, au moins on peut se révolter”, nous nous sommes accrochés à nos pliants de Camping ». Le débat portait sur l'expression corporelle dans laquelle les adhérents de l'École Émancipée voyaient une expérience « critique de rupture », Le discours des militants de Quel Corps ? était, lui, diamétralement opposé : « L'expression corporelle fait reculer la conscience révolutionnaire en éliminant la parole, en se fondant sur l'idéologie du vécu ». « Elle rend impossible toute possibilité de transgression ». « Il faut faire faire du sport aux jeunes pour les écœurer, pratiquer les gestes sportifs pour les déconstruire », « En un quart d'heure, j'écœure n'importe qui du sport (sic) ». « Je dénie à quiconque le droit d'intervenir sur le corps d'autrui ». « Notre mot d'ordre c'est : à bas l'éducation physique, à bas les professeurs de gymnastique ». Comme le constate lui-même Alain Brossat, il ne fallait quand même pas manquer de souffle ! Pour mieux connaître les critiques méthodologiques, axiologiques et les dénonciations idéologiques faites à l'expression corporelle et aux pratiques dites alors « alternatives » (comme les activités physiques de plein-air), se reporter à Quel Corps ?, n° 7, mars 1977 et n° 9, mai 1978.

Aujourd'hui encore Quel Corps ? est au cœur même des débats sur la didactique, sur l'éthique sportive, au cœur même de l'histoire du sport, de l'olympisme et de l'E.P.S. Son prochain combat est déjà engagé contre la dictature des cognitivistes, contre les rationalisateurs de l'énigme du mental et de l'irrationnel au nom de la sacro-sainte efficacité sportive (hypnotiseurs d'athlètes, préparateurs du mental et autres savants-fous, charlatans d'une science de la Performance), contre tous les tortionnaires qui mutilent rats et athlètes de laboratoires. Le n° 43 prendra effectivement la défense des sportifs, et donnera la parole à « l'athlète ordinaire », à l'élève qui résiste aux progressions didactisées, pour le respect de la personne humaine et de son intégrité physique et morale. En donnant largement la parole aux approches cliniques, il dénoncera les pratiques d'enfermement, de manipulations auxquelles se livrent certains vivisectionneurs des STAPS, et gare à tous ceux qui s'aviseront de toucher aux moustaches de nos amis les rats !

Aujourd'hui, avant que les historiens qui s'emploierait à alimenter les candidats au CAPEPS et autres agrégatifs ne nous déterrent pour mieux nous ensevelir, c'est à l'histoire du courant de la critique du sport que nous nous attellerons. Le prochain numéro de Quel Corps ? sera entièrement consacré à la genèse sociale et historique de ce courant, à la résurrection des débats qui ont accompagné son implantation. Une nuit des morts-encore-bien-vivants en quelque sorte ! Un corpus de lettres inédites, de coupures de presse d'époque, mis à la disposition de tous ceux qui voudront bien s'aventurer dans notre cimetière aux horreurs et en braver les feux-follets, farfadets et autres Lucifers en maraude.


[1] Sports Magazine, n° 4, 6-12 juillet 1976.

[2] Cf. pa exemple, Pierre Laguillaumie, « Pour une critique fondamentale du sport », Partisans n°43, juillet-septembre 1968.

[3] Cf. «Vingt thèses sur le sport », Quel Corps ? n° 1, avril-mai 1975, pp. 13-16.

[4] Georges Hébert, Le sport contre l'éducation physique, Paris, Librairie Vuibert, 1925, 2ème édition 1938, p. 35, 47 et 135; Dès la première ligne de son avant-propos, Georges Hébert se sentait obligé de mettre en garde contre toute mauvaise interprétation de son projet : « malgré son titre un peu subversi [sic], cette étude n'est pas un réquisitoire contre le sport pur », il existe une « conception vraie, utile ou, mieux, educative » du sport, op. cit, p. 1 et 24.

[5] Cf. Maurice Baquet, « Influences du sport », INS (Bulletin de l'Institut National des Sports), n° 0 (bulletin ne pouvant être vendu), 1946 et « l'Initiation sportive », INS, n° 3, avril-mai 1949.

[6] Jacques Gleyse, Les paradoxes d'une intégration institutionnelle. Images de l'EPS du secondaire, Thèse de doctorat de 3 ème cycle, avril 1987, Paris X, Nanterre, Sciences de l'éducation, p. 99.

[7] Cf. Frédérique Baillette et Jean-Marie Brohm, « Le football et sa logique macabre », La Croix-L'Evènement, 18 juin 1985 ; Frédérique Baillette, « Football : les cristaux de la violence », Etudes, Tome 371, n° 1-2, juillet-août 1989 et « Carton rouge pour le foot », Quel Corps ?, n° 40 (Football connection), juillet 1990 ; Jean-Marie Brohm, « Le terrorisme du football », Quel Corps ?, n° 28-29 (« Sport et modernité »), décembre 1985 et « Les meutes sportives. Critique de la domination », Paris, L'Harmattan, à paraître.

[8] Cf. Raymond Boudon, Effets pervers et ordre social, Paris, PUF, 1977.

[9] Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Paris, Editions de Minuit, 1980, p. 83.

[10] René Lourau, Les analyseurs de l'église, Paris, Editions Anthropos, 1972, p. 20.

[11] Patrick Bellegarde, « Les résistances au sport », Quel Corps ?, n° 32-33 (« ethnométhodologie »), décembre 1986.

[12] Georges Hébert, L'Education physique virile et morale par la méthode naturelle, Paris, Librairie Vuibert, 1949, p. VI.

[13] Patrick Bellegarde, op.cit., p. 149.

[14] A notre connaissance, le seul article qui puisse lui permettre de revendiquer cette attache historique est celui qu'il a publié dans le numéro 28 de la revue Partisan (avril 1966) : « entraîneur, éducateurs ? ». Il semble être de bon ton aujourd'hui de se dire combattant de la première heure. A quand les remises de médailles rétroactives et les « commémos » ? Georges Vigarello, qui est déjà à lui seul un musé vivant, écrit ainsi non sans précieuse condescendance : « qu'ils nous paraissent naïfs, et dérisoires ces déjà vieux textes de la fin des années soixante, réclamant tout, tout de suite : jouissance sans entraves et révolution politique. Ils étaient beaux, pourtant, mêlant Freud et Reich, sciences humaines et utopie, analyse et conviction. Ils paraissent fous, mais ils ont séduit. [...] Ce discours s'est largement effondré, pour n'être plus qu'un épisode culturel livré aux fiches de l'historien » (« Le corps entre illusion et savoir », in Esprit, février 1982, p. 5). Il est vrai que Vigarello n'a pas pu séduire, ni participer à « révolution politique ». Il risque d'ailleurs contrairement à la théorie critique du sport, d'être un jour livré aux fiches des abonnés absents de l'histoire tout court.

[15] Cf. A.F.R.I.S.E., Anthropologie du sport. Perspectives critiques, Actes du colloque international francophonne Paris-Sorbonne, 19-20 avril 1991, Paris, coédition ANDSHA-Matrice-Quel Corps ?, 1991, p. 268.

[16] Des « éternels détracteurs » à qui il faut couper l'herbe sous le pied en « luttant contre tout ce qui pourra alimenter et favoriser [leur] propagande » disait Paul Dijoud, ancien sercrétaire d'Etat à la jeunesse et aux sports. Consultation nationale de la jeunesse, 58 directions de recherches présentées par Paul Dijoud, édité par le Secrétariat d'Etat à la Jeunesse et aux Sports, Paris, 1977, p. 161 et 168.

[17] Cf. A.F.R.I.S.E., Anthropologie du sport. Persectives critiques, Actes du colloque international francophonne Paris-Sorbonne, 19-20 avril 1991, Paris, coédition ANDSHA-Matrice-Quel Corps ?, 1991, p. 268.

[18] Cf. « Itinéraire politique de Quel Corps ? », Quel Corps ?, n° 1, avril-mai 1975.

[19] Cf. notamment : Quel Corps ?, n° 8, « football et politique », printemps 1978; « Histoire de la coupe du monde de football », Quel Corps ?, n° 9, mai 1978; Michel Beaulieu, Jean-Marie Brohm et Michel Caillat, L'Empire football, Questions Clefs, n° 3-4, Paris, E.D.I., 1983.

[20] Cf. Quel Corps ?, n° 17-18, février 1981.

[21] Cf. Quel Corps ?, n° 37 : « Paris-Dakar: massacre sponsorisé », janvier 1989.

[22] Le Débat, n° 50 (« dictonnaire d'une époque »), mai-août 1988, p. 21.

[23] Cf. Jean-Marie Brohm, « forger des âmes enforgeant les corps », Partisans, n° 15, avril-mai 1964.

[24] Rappelons que ce numéro sera édité dans la petite collection Maspero (n° 109), une première fois à l'occasion des J.O. de Munich, en 1972, puis en 1976 pour ceux de Montréal. Il sera également traduit et diffusé en Italie et en Espagne : Sport et repressione, Roma, Edizioni La nuova sinistra o Samonà e Savelli, 1973; « Partisans » Deporte, cultura y represion, Barcelona, Editorial Gustavo Gili, coleccion Punto y Linea, 1978.

[25] Pierre Bourdieu, Réponses. Pour une anthropologie réflexive, Paris, Seuil, 1992, p. 211.

[26] Alain Ehrenberg, « la pédagogie du karaté et le “corps du maître” », Quel Corps ?, n° 6, automne 1976, p. 42.

[27] Pierre Parlebas, Histoire de l'EPS. Les trois époques de l'E.P.S. : certitudes, inquiétudes, servitudes (conférence donnée en février 1986 à l'UEREPS de Poitiers), Poitiers CRUISE, 1986, p. 9.

[28] « Quel Corps ? et le monstre du Loch Ness : même apparition, même combat ! », écrivait le comité de rédaction dans l'éditorial du n° 19-20 consacré aux monstres, mai 1982.

[29] Cf. par exemple Quel Corps ?, n° 36 : « La barbarie olympique », septembre 1988, publié durant les 21ème Jeux Olympiques d'été organisés à Séoul et Quel Cors ?, n° 40 : « Football connection », juillet 1990, publié lors de la Coupe du monde de football en Italie.

[30] « Toute pute intellectuelle qui parvient à obtenir un emploi doit remplir sa fonction de pute intellectuelle qui est de savoir de quoi l faut parler pour calomnier et quand il faut en parler », Revue de Préhistoire Contemporaine, Paris, Institut de de préhistoire contemporaine, 1982, p. 60.

[31] Hegel, La phénoménologie de l'esprit, cité par Jacques Guigou, La Cité des ego, Grenoble, Edition de l'Impliqué, 1987, p. 183.

[32] Cf. Jean-Marie Brohm, « Critique des fondements de l'éducation physique et sportive: les STAPS, une imposture majeure », Les Sciences de l'Education pour l'Ere Nouvelle, n° 1-2 (« Education physique II. Les APS : bilan et perspectives »), CERSE, Université de Caen, 1991.

[33] Jean-Marie Brohm, Corps et politique, Paris, Editions Universitaires, collection Jean-Pierre Delarge, 1975.

[34] Cf. Jean-Paul Clément, « l'idéologie didactique. A propos de l'ouvrage de C.-M. Prévost », STAPS, n° 26, octobre 1991, p. 90.

[35] Sigmund Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris, Payot, 1990, p. 8

[36] Dans l'éditorial de Quel Corps ?, n° 14, 1979, p. 3.

[37] Cf. l'éditorial du n° 4/5 (1976) de la revue Quel Corps ?

[38] Christian Montaignac, « le sport au brohmure », L'Equipe, 14 février 1977;

[39] L'Equipe, 17 février 1977.

[40] Cf. Echanges et controverses, n° 1, [la revue des agrégés aux longues quenottes], 1989, p. 115.

[41] Cf. Quel Corps ?, « Pour un changement radical en éducation physique et sportive », Quel Corps ?, n° 23-24, 1983.

[42] Raymond Thomas, Annuaire du monde sportif français, Paris, PUF, 1988.

[43] Cf. Michel Caillat, « Quel Corps ? : vingt ans d'avance ! », in Jean-Pierre de Mondenard, Drogues et dopages, Paris, coédition Chiron-Quel Corps ?, 1987.

[44] Cf. Anthropologie du sport, op. cit, p. 325.

[45] Quel Corps ?, n° 41, avril 1991.

[46] Revue de Préhistoire Contemporaine, op. cit, p. 47. Voir également : « La critique du sport, les enjeux actuels », Quel Corps ?, n° 30-31 (« Sociologies du sport »), juin 1986; Jean-Marie Brohm, « Critique des critiques », Quel Corps ?, n° 17-18, février 1981; Jean-Marie Brohm, « La théorie critique de l'institution sportive », in Actes des Journées d'études de Strasbourg. Sciences sociales et sports. Etats et perspectives, URFSTAPS de Strasbourg, 1988 et « La critique du sport », Quel Corps ?, n° 41 (« Anthropophagie du sport »), avril 1991.

[47] C'est par cette formule que Christian Montaignac présentait en 1985 le n° 26-27 de Quel Corps ? aux lecteurs de L'Equipe-Magazine.

[48] Pour un panorama des multiples approches du corps, cf. Jean-Marie Brohm « Philosophies du corps : Quel Corps ? » in André Jacob (publié sous la direction de), Encyclopédie philosophique universelle, tome I : « L'univers philosophique », Paris, PUF, 1989. Cf. aussi Jean-Marie Brohm, « Construction du corps: Quel Corps ? » in Le corps rassemblé, (sous la direction de Catherine Garnier), Ottawa, Editions Agences d'Arc, 1991.

[49] Roland Barthes, Le plaisir du texte, Paris Seuil, 1973, p. 29.

[50] Cf. Jean-Marie Brohm, « L'impensé du corps : prolégomènes épistémologique » in AFRISE, Les nouvelles formes de la recherche en éducation, Actes du colloque international francophone d'Alençon, 24-26 mai 1990, Paris, Coédition Matrice-ANDSHA 1990.

[51] Cf. François Gantheret, « Psychanalyse instituttionnelle de l'éducation physique et des sports », in Partisans, n° 43, op. cit. Ce texte doit être réédité dans Quel Corps ?, n° 43-44, octobre 1992.

[52] Cf. Frédérique Baillette, « Figure de l'âme et anatomie politique du corps », in Galaxie Anthropologique, n° 1 (« Transversalités »), avril 1992.

[53] Concernant les principales réductions caractérisant l'E.P.S., cf. Jean-Marie Brohm, « requiem pour l'éduation physique ? », texte photocopié distribué aux participants des journées de réflexions organisées par l'Amicale des enseignants d'E.P.S., sur le thème « Quel avenir pour l'E.P.S. ? » les 6-7 et 8 mars 1992 à Montpellier. Ce texte a depuis été publié dans : Les Cahiers Pédagogiques, 3ème trimestre 1992 (« Prétexte à l'E.P.S. »), p. 34-35; et dans l'Ecole Emancipée, n° 13, mai 1992 et n° 14 juin 1992. Cf. également Frédérique Baillette « Sport ou éducation physique ? » in Les Sciences de l'Education pour l'Ere Nouvelles, n° 1-2 (Education physique I. Quelles pratiques corporelles à l'école ?), 1990.

[54] « “Quel Corps ?” avec un ? », réponse du collectif de la revue à l'article du n° 250 de l'hebdomadaire Rouge qui commettait ce « lapsus répétitif », in Rouge, 14 mars 1977.

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