LE SIFFLET ENROUE, N° 17
Paraissant au bon vouloir de son auteur,
présentement, le jeudi 10 février 2005


Nous avons déjà parlé dans nos colonnes du SNEP : Syndicat National de l’Éducation Physique. C’est le syndicat majoritaire pour les « profs de gym » de l’Éducation Nationale. Il est affilié à la FSU, Fédération elle-même majoritaire au sein de l’École, regroupant d’autres syndicats comme le SNES dans le secondaire ou le SNUipp dans le primaire.

Dans son bulletin n° 727 daté du 30/12/04, bulletin envoyé à l’ensemble de « la profession » (comme ils disent), on comprend qu’il y aurait « (…) un soutien possible du syndicat à la candidature de Paris » (article de Michel FOUQUET à la page n° 10)…

Pourquoi ? Parce qu’il s’agit selon les têtes d’Unité Action (l’une des tendances de la FSU) de dépasser la contradiction suivante : alors que le projet de loi d’orientation Fillon vise à reléguer l’EPS (Éducation Physique et Sportive) en dehors du « socle commun » des savoirs indispensables à tous les petits français, de part et d’autres, on veut une mobilisation populaires pour que les Jeux Olympiques d’été de 2012 aient des chances de se dérouler à Paris. Le « dépassement », selon eux consiste à surfer sur l’hypothétique engouement de masse en faveur de 2012, afin d’assurer la pérennité de l’EPS au sein de l’Ecole.

Mais il ne faut pas confondre contradiction et intérêts corporatistes : cette discipline scolaire, l’EPS, fait vivre beaucoup de gens et surtout le SNEP qui est en fait une deuxième administration (mutations, prise en charge juridique, informations sur les rencontres avec le ministère, etc). On comprend que les bureaucrates tiennent à leur « délégation syndicale »…
Il n’est pas venu à l’esprit des mêmes qu’il puisse y avoir une cohérence parfaite entre une éducation au rabais, réductrice, inégalitaire d’une part et l’acclamation totalitaire en faveur de « Jeux », d’autre part. Pour que nous soyons « tous derrière Paris 2012 ! » comme le dit le slogan nazi, nul besoin d’être instruit…
En effet, tout risque de se passer comme la conscription : l’Ecole a la charge officielle de transmettre « l’esprit de défense » (plutôt que l’esprit fraternel). Bientôt, l’Ecole, devra transmettre « l’esprit sportif » (plutôt que l’esprit ludique). Ceci grâce à un nouveau dispositif étatique qui consacrera la disparition matérielle de toute pratique institutionnelle ayant trait au corps au sein de l’Ecole. Très mauvaise stratégie que celle des bureaucrates du SNEP !
Une phrase de l’article est révélatrice à ce propos : « l’idéal olympique est tous les jours présent en réduction (sic) dans les cours d’EPS, et chaque mercredi dans les rencontres du sport scolaire »…

Au contraire de la vulgate SNEPienne, il s’agirait clairement de refuser la contribution au « jeux » 2012, justement pour distinguer clairement les enjeux de l’EPS scolaire et du sport. Certes la voie est difficile mais cependant bien plus émancipatrice que le surf sur le tsunami totalitaire.
S’il y a une absurdité logique, elle réside plutôt dans le fait que le SNEP sait dire non à la Constitution Européenne en critiquant le « néo-libéralisme » mais entretient en même temps les illusions sur la fonction émancipatrice du sport alors que ce dernier, dans l’époque présente, est la meilleurs arme de soumission que puisse rêver les puissants de ce monde.

Autre absurdité logique : le SNEP se garde bien de mentionner la confusion historique qui règne autour de la double appartenance institutionnelle des professeurs EPS : l’École et le Sport. Qui peut dire aujourd’hui que les finalités du sport équivalent à celles de l’École ? Sans doute ceux qui comptent sur les prébendes des délégations syndicales ! Ou ceux encore qui ont tout intérêt à ce que les futurs générations ressemblent à un troupeau de moutons avec son berger politicard-républicaniste-sportif.

Que l’éducation pour tous se développe avec toutes les activités ayant trait au corps, voilà un beau dépassement ! D’anciens contestataires dans ce milieu avaient entrepris cette lutte et cette création pratique, il s’agit maintenant de la poursuivre et de la développer !
Ceux qui veulent faire croire que le sport vise d’autres buts que ceux utilitaires sont des imposteurs. Le sport, c’est la performance quel que soit le prix. C’est la compétition physique redoublant la concurrence capitaliste. C’est aussi tout le désastre corporel produit par le rendement physique de « la ressource humaine » (blessures, fatigue, stress et déprime, dopage, violence, chauvinisme nationaliste, soumission à l’ordre de chose régnant).
Ceux qui veulent faire croire qu’il puisse y avoir un olympisme « humaniste » sont des imposteurs : il n’y aura pas de jeux 2012 humanistes ! Peut-on croire une seule seconde que les jeux 2012 seront plus humanistes que ceux de 2008 en Chine ?

A BAS L’OLYMPISME !
LUTTE À OUTRANCE CONTRE LES IMPOSTURES !

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